[Histoire de Meeples #3] Ghost Stories

Le crépuscule point sur le village de Changzou. Dans les marécages du sud, le coassement des crapauds se mêle au bourdonnement des moustiques tigres. A l’ouest, la frondaisons de la forêt de bambous s’assombrissent. Les herbes hautes s’agitent, territoire de chasse des prédateurs nocturnes. On croit voir passer l’ombre d’un tigre, tandis qu’une volée de corneilles s’envole dans un concert de jacassements. A l’est coule paisiblement la rivière Hongpu. Elle descend des montagnes, d’abord torrentielle, puis passe calmement sous le pont des incantations. Son clapotis est régulier et paisible. Sur ses berges poussent roseaux et herbes folles. Au nord, les cimes des montagnes sacrées projettent leur silhouette grandiose sur le village. Un vent frais souffle de ses hauteurs, inondant Wu Zeng d’un doux sentiment de félicité.

Comme tous les soirs, Lia Chen patrouille le long du rempart sud. Elle hume l’air avec délectation en passant à proximité de l’herboristerie. Le vieux Jiang Li est encore ouvert. Des lampions brillent devant l’entrée de l’établissement. Une lueur dorée s’échappe de la porte à demi ouverte et le voile d’un rideau s’agite faiblement à une fenêtre. En prêtant l’oreille, on entend le bruit du verre qui s’entrechoque, le léger frottement d’une herbe sèche que l’on effrite, puis le tapotement sourd du pilon au fond d’une écuelle en bois.

Aux abords du cimetière, le silence est total, pesant. Lia Chen a appris à ne pas craindre les morts. Elle observe les stèles et les pierres tombales qui se succèdent en adressant une prière aux anciennes divinités qui protègent le village.

Plus loin, elle s’approche de la maison du thé. La plupart des moines s’y rendent a la nuit tombée, après une journée consacrée à la prière, la méditation et la recherche de la transcendance. C’est également le lieu de rendez-vous des paysans qui cultivent les terres agricoles autour de Changzou. Ils ne partagent pas les mêmes pièces que les religieux, mais peuvent s’y délecter au même titre de thé, d’alcools et de gâteaux de riz parfumés à la rose et à la fleur de cerisier. Des effluves suaves et épicées emplissent les poumons de Lia Chen, sans que cela ne détourne sa vigilance.

Soudain, elle aperçoit quelque chose d’inhabituel. Le marécage tout entier semble s’allumer d’une lueur jaunâtre. Des volutes de d’une fumée iridescente se sont mises à tourbillonner à quelques centimètres du sol. Elles s’élèvent lascivement vers le firmament qui se mouchette d’étoiles. Le marais tout entier semble s’être tu. Criquets, oiseaux, batraciens. Même le vent s’est arrêté. La végétation faite d’herbe sèche et de buissons rachitiques est comme immobilisée. Malgré cela, la brume surnaturelle continue de se mouvoir, émanation planante d’une menace indicible.

Un maléfice est à l’oeuvre.

Lia Chen se trouve un instant pétrifiée par une terreur sourde qui fouaille ses entrailles et la glace jusqu’au sang. Son esprit est alors happé dans un tourbillon de noirceur. Elle se retrouve, ahurie, au milieu d’un cercle de flammes. Autour d’elle, la brume jaunâtre est une purée de pois épaisse et suffocante. Elle ne distingue qu’une ombre vaguement humaine qui lui fait face et qui semble s’approcher en lévitant. Un visage cadavérique se dessine bientôt dans le brouillard. Ses yeux sont deux cavités rougeâtres qui brillent avec incandescence. Son teint est gris et pâle. Il est cerné, ses joues sont creusées, et un filet sanguinolent scintille à la commissure de ses lèvres noires et minces. Son corps bascule à son tour dans la lumière. Dégingandé, il flotte dans un manteau dont le cuir semble avoir été façonné dans de la chair humaine. Ses bras, longs et ballants, s’achèvent sur des ongles démesurés d’un rouge vif. Ils irradient d’une puissance terrifiante et semblent pouvoir lacérer une gorge ou une poitrine comme s’il s’agissait d’un frêle surcot de paille tressée.

Le monstre ouvre la bouche, révélant deux canines aiguisées comme des poignards. Dans un bond prodigieux, il se jette en avant…

Lia Chen est comme propulsée en dehors de cette vision cauchemardesque. Elle bascule en arrière et s’écrase lourdement sur le dos. Le choc lui coupe la respiration. Il lui faut plusieurs minutes pour recouvrer ses esprits. Son front est brûlant. Elle est tremblante, humide de sueur. Fébrilement, elle porte la main aux amulettes gravées de runes qui enserrent son cou. Le contact du métal béni la rassérène. Tant qu’elle les porte, elle se sait protégée de toute influence démoniaque.

Que Bouddha la préserve, cette vision l’a chamboulée comme jamais elle ne l’avait été ! Elle se retourne et fixe l’horizon. Son cœur se fige dans sa poitrine lorsqu’elle aperçoit distinctement une brume rougeâtre descendre en serpentant des montagnes sacrées, une brume verdâtre s’extraire des bambous de la forêt à l’ouest, et une brume aux reflets bleutés remonter le lit de la rivière Hongpu.

– La nuit des suppliciés… murmure t-elle avec une terreur bien réelle dans la voix. Se pourrait-il que…

*

Ses pas résonnent sur les pavés tandis que Lia Chen se hâte vers le temple bouddhiste au centre de Changzou. Maître Duan Sun doit être averti. Elle sait qu’elle a abandonné son poste et qu’elle agit au mépris de toutes les règles de sécurité, mais son instinct lui dicte ses actes. Elle ne peut pas dissimuler sa vision au Maître, ni les conclusions qu’elle en a tiré.

Elle grimpe les marches qui mènent aux quartiers du Maître quatre à quatre. L’odeur de l’encens cérémoniel et du riz glutineux arrosé à l’huile de sésame accueillent son arrivée. Elle constate avec dépit et une pointe d’angoisse que le Maître n’est pas seul. À ses côtés, sont agenouillés Xiao Long, disciple du Dragon, drapé de pourpre et d’or, Shi Wei, disciple du Serpent, vêtue d’émeraude et d’argent, et Qiao An, disciple du Singe, paré de turquoise et de bronze. Tous trois étaient en faction ce soir.

Un instant, Lia Chen a espéré se fourvoyer. Mais lorsque le Maître l’interpelle d’une voix grave et solennelle, elle sait. Une chaleur divine irradie dans tout son corps et refoule la peur qui menaçait de la submerger. Son visage se mue en un masque de détermination et de courage. L’heure est belle et bien venue…

– Nous t’attendions Lia Chen.

Lia Chen se prosterne devant Maître Duan Sun avec déférence.

– Les écrits des anciens Maîtres nous ont toujours avertis d’un danger inéluctable. J’ai longtemps cru, dans ma vanité, que je pourrais inverser le cours du destin. J’ai compulsé les almanachs sacrés, me suis dévoué à la pratique de l’exorcisme dans sa forme la plus pure, pour tenter de nous en prémunir. Mais mes recherches, comme mes prières, ont été vaines. Aujourd’hui, c’est avec la plus grande humilité que j’accueille ces événements… J’ai jeûné, et médité ces six derniers jours. Mes visions ont été terribles… Obscures… Chaotiques… Mais de minces rayons désespérance ont su transpercer cette noirceur.

– Wu-Feng, après des décennies d’errance, a localisé l’urne qui contient ses cendres. Il vient la réclamer. Le monde court un terrible danger mais, tout ceci était écrit depuis la nuit des temps. Cependant, nous ne nous laisserons pas submerger par le fatalisme. Car si de mes visions j’ai été témoin d’une destiné inébranlable : celle qui a mené à cette nuit funeste, la conclusion demeure indécise. Dans un océan de carnages et de turpitudes, j’ai vu quatre guerriers magnifiques refouler l’obscurité. Des vagues débilitantes s’abattaient sur eux. Ils ployaient le genou, mais ils se relevaient sans cesse.

– Xiao Long, Shi Wei, Lia Chen, Qiao An. Vous êtes les moines-guerriers de l’ordre de Tao, garants de la frontière entre les morts et les vivants. Xiao, le Dragon, puissant et rapide. Shi, le Serpent, résiliente et déterminée. Lia, le Tigre, brave et protectrice. Qiao, le Singe, farouche et audacieux. Vous êtes ces quatre lumières que j’ai vu en songe et qui doivent s’élever contre cette force qui menace d’aliéner toute forme de vie sur cette terre. Bouddha veillera sur vous et armera votre foi pendant cette nuit tumultueuse et guerrière. Il est temps, temps d’assumer l’héritage maudit dont nous sommes les dépositaires. Il est temps de faire face à Wu-Feng, Seigneur des Neuf Enfers.

*

Galvanisés par le discours de Maître Duan Sun, Lia Chen et ses condisciples de l’ordre de Tao se  ruent à l’extérieur du temple, leur épée runique dégainée et prête à bannir les créatures des enfers dans les limbes créatrices.

Lia Chen observe ses camarades. Leur visage est résigné. Il ne trahit aucun signe d’appréhension. Leur existence entière à été dédiée à ce moment. Ils sont prêts à en affronter toutes les conséquences.

Un hurlement guttural suivi d’un gargouillis immonde s’élève au sud. Lia Chen fait signe à ses acolytes qu’elle s’en charge. Les marécages abritent l’autel de prière du du Dieu Tigre. C’est l’endroit du village où son mantra est le plus puissant. Elle sent que d’autres menaces vont surgir autour de Changzou et demander l’intervention de ses collègues. Ils prononcent une rapide incantation qui leur permet de conserver un lien télépathique, puis se dispersent. Qiao An s’engouffre dans le temple, à la recherche des statuettes sacrées de Bouddha. Xiao Long, utilisant ses pouvoirs, s’envole dans une bourrasque vers la hutte de la sorcière Gu Xinjue, une exorciste sans âge qui vit au nord-ouest du village. Shi Wei part au pas de course vers le cercle de prière, où les moines du temple se sont rassemblés pour prier et invoquer l’aide de divinités bienveillantes.

Lia Chen arrive au cimetière. Devant elle, un zombie approche de sa démarche claudicante. Il est halé d’une nimbe de brume jaunâtre. Ses yeux injectés de sang tournoient comme une toupie. Il bave et grogne alors que le combat s’engage. C’est un adversaire balourd mais coriace. Lia Chen est contrainte d’avaler une poignée de riz glutineux enchanté pour concentrer son exorcisme de bataille et se débarrasser du monstre, mais elle ne s’en inquiète pas. Elle égale presque Maître Duan Sun dans la pratique des enchantements. Elle a une besace emplie de breloques autour de la taille. Elle sait qu’elle ne devrait pas tomber à court de composants mystiques pour affronter les vagues de monstruosités qui vont déferler cette nuit.

Alors que le zombie agonise dans un spasme, l’air autour de lui crépite, semble palpiter. Des filaments de brume jaillissent de son cadavre et se contorsionnent dans l’air, comme possédés. Arrivés au dessus du cimetière, ils recouvrent les stèles d’un halo de brume. Bientôt, l’endroit entier est recouvert par un brouillard jaunâtre surnaturel. Le lieu est devenu un mirage flottant entre deux réalités. On n’y perçoit plus aucun son, hormis des murmures semblant provenir d’outre-tombe et vouloir y aspirer votre âme.

Dépitée par ce revers si rapide, Lia Chen se concentre pour que ses capacités télépathiques lui montrent Xiao Long. Il ressort de la maison de Gu Xinjue, le teint pâle, affaibli, mais la mine satisfaite. Il n’a pas hésité à se sacrifier pour que la sorcière puisse bannir un monstre qui progressait du côté de la rivière Hongpu.

Un rugissement hideux explose à quelques mètres de Lia Chen. S’extirpant d’une mare d’eau saumâtre, une créature gigantesque apparaît. Elle est boursouflée, visqueuse et couverte de bubons suintants. Elle ressemble à un batracien difforme, est pourvue d’une corne aussi grande que celle d’un rhinocéros, à un œil porcin au regard presque humain et un autre œil qui gesticule au bout d’une protubérance bouffie ressemblant à un furoncle.

Lia Chen tressaillit. Elle a devant elle la Peste Jaune, l’un des lieutenants les plus coriaces du Seigneur des Enfers.

*

La nuit sera longue et périlleuse se dit Lia Chen alors qu’elle retire son épée de la masse inerte de La Peste Jaune. La plaie déverse un liquide vicié de couleur kaki, qui exhale une odeur acide délétère. Elle a à peine eu le temps de souffler que l’herbe sèche craque et qu’un nuage toxique emplit l’air. Psalmodiant des malédictions dans une langue hérétique aux accents caverneux, une Liche surgit dans le marais. Son visage est une tête de mort hurlante surmontée d’une tiare d’ecclésiastique. Elle porte une robe à col relevé qui lui tombe jusqu’aux orteils. Ses doigts, entourés de bandelettes parcheminées, enserrent un sceptre scintillant d’une magie impie.

Lia Chen sait qu’elle aura besoin d’aide contre ce fantastique adversaire, mais ses camarades sont tous au prise avec des créatures tout aussi redoutables. Xiao Long et Shi Wei, avec l’aide des moines, ont réunis leurs forces pour bannir un démon à cornes de bouc dont la magie fait se distordre les bambous de la forêt pour les faire s’abattre sur les remparts à proximité de la cabane de Gu Xinjue. Qiao An, quant à lui, est en fâcheuse posture face à un monstre surgi de la rivière Hongpu à l’apparence d’un énorme tas de glaise dégoulinant affublé d’un crâne de taureau cyclope.

Si la situation n’est pas encore désespéré, elle ne présage rien de bon.

*

Le sceptre de la Liche émet une lueur diaphane. Les mêmes volutes de fumée jaune qui avaient jailli du corps en décomposition du zombie s’en échappent et s’abattent sur la tour des veilleurs de nuit qui jouxte le cimetière à présent hanté. La lumière des lampions est soufflée. Le bois rougeoyant de la structure se ternit subitement, comme s’il avait vieilli de 100 ans en l’espace d’une seconde. Les veilleurs présents sur les balcons se retrouvent pétrifiés, le teint pierreux, une expression de démence sur le visage. Leur esprit vagabonde dans des limbes infernales tandis que leur corps est figé par le maléfice.

La situation s’est tendue subitement. Les montagnes sacrées ont déversé une avalanche de monstruosités en quelques minutes. Un Moissonneur en plastron de cuir surgit dans la pénombre. Sa longue hallebarde s’élève pour faucher un villageois qui tentait d’improviser une barricade aux abords de l’autel taoïste. Un Buveur de Sang, création vengeresse du Seigneur des Enfers, se dresse sur des jambes faites de massives tentacules entremêlées. Son corps musculeux est couvert d’une carapace naturelle écailleuse. De son dos, des tentacules, plus petites, fouettent la brume rougeâtre qui émane des pentes de la montagne. Sa tête est la reproduction démesurée de celle d’une chauve souris. Elle émet des cris terrifiants qui vrillent les tympans tels des ultrasons. Trois visages à la vénusté surnaturelle s’immiscent hors de l’eau d’un source chaude fumante. Elles ressemblent à des geishas, mais ont un visage aussi lisse que de la cire et une lueur meurtrière dans le regard. Avec un chant lascif, elles invoquent leur maîtresse, une Faiseuse de Démons en corset écarlate. Heureusement, elle n’a pas le temps de nuire car elle est bannie par une statuette de Bouddha dissimulée non loin par Qiao An et qui explose à son approche. Enfin, un Dévoreur de Chair, masse bubonique affublée de dizaines de mâchoires glapissantes, contourne la montagne et s’engouffre dans la forêt. Le claquement de ses milliers de dents réapparaît devant les remparts ouest, juste en face du cimetière dans lequel Lia Chen lutte ardemment contre la Liche.

L’apparition du Dévoreur de Chair met Lia Chen en émoi. Elle sait que ses acolytes et elle luttent comme des beaux diables, mais elle a la sensation que leurs efforts ne sont qu’une goutte d’eau dans un océan de purulence contre lequel il est vain de s’élever. Xiao Long a de nouveau fait appel à la sorcière pour vaincre un Buveur d’Âmes apparu avec fracas sur le champ de bataille. Son corps tout entier exhale une aura maléfique. Avant son trépas, il réussit tout de même à réciter une incantation qui détruit une partie de l’arsenal de défense mystique des quatre combattants.

La sorcière. Nous ne pourrons pas remporter la victoire sans ses pouvoirs. Il était inutile de le nier. Tout en maintenant la Liche à distance raisonnable, Lia Chen entame une formule magique. Elle se sent bientôt légère comme une plume. Alors que son cerveau commande son corps qui continue de se battre, son esprit s’est dissocié. Elle flotte au dessus du village, profitant brièvement d’une vision panoramique du champ de bataille.

Sans perdre une seule seconde, elle lévite vers le nord-ouest. La hutte de la sorcière se situe aux contreforts des montagnes sacrées, là où les bambous de la forêt tentent de se faufiler à travers le sol rocailleux avant de se résigner et de laisser place à un paysage lunaire.

Gu Xinjue arbore l’aspect d’une vieille dame de 90 ans, mais Lia Chen sait que ce n’est qu’une enveloppe trompeuse. La sorcière a connu maints empereurs et traversé maintes dynasties dans l’Empire du Soleil Levant. Son cou et son visage sont ridés et flétris. Elle a les dents pointues, sa langue est séparée en deux à la manière d’un reptile et son regard carnassier est illuminé par une puissance insondable. Ses cheveux gris filasses lui tombent sur une nuque ratatinée, soutenue par des épaules rondes. Elle ressemble à une araignée recluse qui attend le moment opportun pour surgir et paralyser sa proie. Sa tunique émeraude rappelle son affiliation à l’école du Serpent. Mais ce serpent là est venimeux et capricieux. Mieux vaut ne pas le contrarier.

La sorcière n’est pas étonnée de voir apparaître la forme spectrale de Lia Chen tant l’art de la transcendance n’a pas de secret pour elle. Elle bouge lentement ses doigts décharnés sertis de bagues cérémonielles, puis susurre de sa voix nasillarde : – Ainsi, tu sollicités à ton tour mon aide, guerrière du Tigre. Tu sais que le rituel de bannissement est une incantation qui ne laisse pas son hôte intact. As-tu conscience du sacrifice de force vitale que je requière de ta part ?

Lia Chen acquiesce d’un signe de tête.

– Le fléau est à nos portes, belliqueux et arrogant dans sa Toute-Puissance. Je le connais mieux que quiconque sur cette terre. Je puis t’aider à bannir ses sbires, mais tes amis et toi devront vaincre son incarnation finale seuls. Approche toi.

Lia Chen s’exécute. Gu Xinjue appose sa main sûr son front immatériel. Elle psalmodie des formules blasphématoires connues d’elle seule.

Tout se passe très vite. Un éclat lumineux. Une sensation de fourmillement. Le tournis, suivi d’une envie de vomir. Lia Chen réintègre son corps, fourbue et vidée de toute substance. Pendant une fraction de seconde, elle entend le cri déchirant du Limon Démoniaque que la sorcière a banni grâce à son essence vitale. Elle croit même apercevoir Qiao An qui la remercie du bout des lèvres avant de s’engouffrer dans la maison de thé non loin pour recouvrer ses forces et refaire le plein de composants mystiques.

*

Shi Wei à chassé les esprits hanteurs qui gangrenaient la tour des veilleurs. Celle-ci s’est rallumée. Les lampions projettent leur lumière sur le chaos ambiant. Ils sont presque incongrues avec leur flamme délicate et leur parfum sucré.

Alors que Lia Chen est toujours aux prises avec La Liche dans un duel titanesque, une aura de noirceur envahit les marécages. Une Veuve Noire, un esprit tentateur qui prend l’apparence d’une jeune vierge, y déverse sa magie ténébreuse. Sa présence inhibe les effets des composants mystiques dont les moines se servent dans leur enchantement.
Lia Chen grimace face à ce coup dur. Elle sentait que la Liche était à deux doigts de céder face à ses assauts répétés, mais la proximité de la Veuve Noire gonfle son ardeur. Ce nouveau souffle est tout sauf bienvenu.

Soudain, dans une bourrasque de vent frais, Xiao Long atterrit dans le cimetière, l’arme au poing. Il est exténué. Sa tunique est déchirée à plusieurs endroits. Une balafre impressionnante lui laboure une joue. Sans un mot, il engage le combat avec la Liche et le Dévoreur de Chair qui arrive en renfort. Ces deux monstres sont d’une incroyable résistance. La lutte est farouche, apre, indécise. Il ne faudrait pas grand chose pour que les serviteurs des ténèbres prennent le dessus.

De son côté, Qiao An défend la rivière Hongpu avec une ardeur fiévreuse. Il bannit une Nymphe Perfide qui enjambe le pont des incantations au son de sa flûte taillé dans un fémur humain puis, il engage la Veuve Noire et s’en débarrasse, au prix de lourds efforts. L’arrivée d’une Furie des Profondeurs, une créature serpentiforme pourvue de quatre bras armés de poignards dentelés, le fait refluer dans le temple au centre du village. Shi Wei le relaie en engageant un Limon Démoniaque, au visage dégoulinant, surgi de la tourbe.

*

La pugnacité de Lia Chen paie finalement et le corps de la Liche s’effondre après l’ultime estocade. Elle remercie humblement les prières des moines qui ont épaulées son combat, mais cette nuit ne lui laissera aucun répit. Déjà, elle doit affronter deux nouveaux ennemis qui émergent des marais pour hanter le village : une Faiseuse de Démons en robe ample et pourpoint écarlate, dont le cimeterre luit sous la lune, et un Mort Implacable harnaché de plaque et de cuir, vestige terrifiante d’un soldat tombé au combat au cours d’une bataille du passé. Son bouclier est hérissé de pointes. Il est armé d’une lance qui traîne au sol et d’un arc en bambou qui oscille sur son dos.

C’est alors qu’un cri d’horreur résonne dans la nuit. Il s’agit de Shi Wei. Lia Chen fait volte-face face et distingue une procession de moines sortir de la forêt. Ils portent des masques liturgiques au visage de loup, leur cou est entouré par des chapelets et leurs robes de bure beige traînent sur le sol. Certains supportent des lampions brillant d’une lueur maligne. D’autres tiennent un bâton surmonté d’un crâne humain enserré de ronces. Ils récitent une litanie monocorde, qui est en réalité un puissant maléfice affectant les pouvoirs des élus de la maison du Serpent. Shi Wei est trop loin pour se débarrasser de cette menace elle-même. Elle se réfugie dans le pavillon du vent céleste tandis que Xiao Long utilise son habileté de vol pour se porter aux devants des moines. Il anéantit les pathétiques créatures et se débarrasse dans foulée de geishas aux ongles aiguisés qui l’assaillent par derrière. Il n’est pas au bout de ses peines car le Moissonneur et sa hallebarde et le Buveur de Sang sont en passe d’atteindre le cercle de prières pour faire passer les moines de vie à trépas. Ils sont rejoints par un démon au visage tuméfié, dont la moitié du visage est ravagée par la maladie. De ses yeux s’écoule du sang en cascade. Il tâche sa chevelure blême et laisse sur le sol une traînée macabre.

Une bourrasque de vent accompagnée d’une odeur de lotus entoure Lia Chen. Elle est transportée devant le temple de Bouddha. Elle aperçoit Shi Wei qui ressort du pavillon du vent céleste en soulevant les longs rideaux violet qui en couvrent l’entrée. Son action conjuguée à celle de dame Yao Lim, matrone du lieu, ont permis de la placer en sécurité et de transporter un Limon Démoniaque qui menaçait l’autel taoïste directement sur une statuette de Bouddha qui avait été dissimulée dans le marécage par Qiao An.

Débarrassée de la Liche, revigorée par la silhouette dorée de la Grande Statue de Bouddha trônant au milieu du temple, Lia Chen reprend espoir. Il n’est pas encore minuit. La nuit est encore longue. Mais elle sent que l’espoir qui animait Maître Duan Sun n’était pas qu’un discours d’encouragement futile. La balle est dans leur camp. Les enfers ne se déchaîneront pas sur le monde tant qu’il leur restera un souffle d’air dans les poumons.

*

Le village est cerné. Partout où le regard se porte, des affrontements ont lieu. Les paysans, armés de houes, de serpes et de fourches, luttent avec une détermination qui n’a d’égal que leur maladresse. Leurs rangs sont décimés par des tentacules et des griffes infernales, mais ils font preuve d’une ténacité insoupçonnée.

Xiao Long a pris la tête d’une escouade de veilleurs. Ils balaient les marais pour endiguer la progression des monstres hanteurs qui y progressent. Qiao An manipule les vents célestes pour déplacer les monstres là où la résistance est le mieux organisée. Il rapproche Lia Chen de la maison de thé, prise d’assaut par un Vampire Bondissant, dont la tunique noire est tachée du sang de plusieurs employés de l’enseigne. Shi Wei se porte au secours des quartiers sud. Avec l’aide de Lia Chen et de ses enchantements, elle se débarrasse du démon aux yeux sanguinolents.

Mais alors que la situation semble sous contrôle, un spectre noir fait tomber une chape de ténèbres sur Changzou. Il porte ne cape charbonneuse surmontée de deux cornes crénelées. Son visage est un puits de noirceur insondable. Ses bras sont deux protubérances luisantes et argentées aux griffes longues comme des coutelas et dures comme le diamant. Il se déplace par saccades, disparaissant dans un tourbillon de vent noir pour réapparaître quelque mètres plus loin, à l’insu de tous. Il pousse un cri morbide, semblable au hululement d’une chouette, et se dirige, implacable, vers l’autel taoïste.

*

La résilience des armées de Wu-Feng est suffocante. Dans le marais, la lutte s’enlise. La Faiseuse de Démons, le Buveur de Sang et le Vampire Bondissant harcèlent la maison de thé et l’herboristerie, contraignant Xiao Long à mener des contre-attaques désespérées avec les veilleurs de nuit. Les créatures, apeurées par la lumière bénie des lampions Tao, reculent… pour revenir avec encore plus de rage et d’acharnement.

Les morts s’amoncellent, innombrables. Chaque perte est un déchirement, mais aucun défenseur n’a le luxe de pouvoir s’apitoyer sur ses morts. Chaque minute voit son lot de nouvelles tueries, de nouvelles menaces. Un démon vaporeux aux allures de nuage se matérialise au dessus de l’autel taoïste. Des éclairs vrillent la nuit tandis que l’autel bascule dans l’ombre. C’est un coup dur pour les défenseurs de Changzou qui voient leur dernier espoir d’exorciser les endroits hantés par les démons sombrer dans l’entre-deux monde.

Dans le même temps, des têtes décapitées hurlantes apparaissent dans une explosion lumineuse près de la rivière Hongpu et se dirigent vers la maison de thé. Shi Wei les repousse avec une incantation pendant que Qiao An, poussé par les vents du pavillon céleste, vend son âme auprès de Gu Xinjue afin de bannir le spectre noir et la carcasse dégoûtante d’une Âme Putréfiée, un démon des forêts au corps couvert de moisissures et dont le dos est un enchevêtrement de lianes cinglantes.

*

Lia Chen et Shi Wei contrôlent la progression des monstres dans les marécages. À elles deux, elles exterminent le Vampire Bondissant, une Goule, braillante, un Zombie Rampant couvert de broussailles moisies et un démon à tête de bouc qui était en train d’éventrer l’une des façades de la maison de thé car s’il s’agissait d’une toile de papier.

Malheureusement pour elles, la situation dans le reste du village est loin d’être aussi idyllique. Xiao Long est contraint de faire de nouveau appel à Gu Xinjue pour se débarrasser d’une Faiseuse de Démons qui a contourné l’herboristerie et qui s’approche de l’enceinte du temple, où Qiao An s’est réfugié pour récupérer de nouvelles statuettes de Bouddha. Un Esprit Sans Repos, habits déchirés et mâchoire écumante, est descendu des montagnes sacrées et a réussi à se frayer un chemin jusqu’au pavillon du vent céleste. Ses yeux brillent du même maléfice que le zombie qui a hanté le cimetière. Il ne fait nul doute qu’il a pour dessein de hanter le lieu et de le faire basculer dans l’entre-deux monde. Les moines-guerriers ne peuvent plus se permettre de voir un autre pilier de leur défense disparaître, mais ils n’arrivent plus à être sur tous les fronts.

Les cris de guerre des humains. Les hurlements gutturaux des démons. Le martèlement des armes. Les chairs lacérées. La cacophonie du champ de bataille est indescriptible. À l’horizon, le ciel commence doucement à s’éclaircir. Les premières  lueurs orangées de l’aube pointent timidement tandis que le cœur des moines s’étreint. Ils sont presque au bout du chemin

*

.Le Marcheur de Tombes bouscule Lia Chen avec fureur. Elle s’affale dans la glaise. Son chapeau de paille est décoré d’os de rongeurs qui pendent au bout de cordelettes tressées. Son visage est un cirage gris uniforme. Son corps tout entier est composé de crânes aux cavités noirâtres, amoncelés pour former une cage thoracique épouvantable. Lia Chen est presque à bout, mais avec un hurlement empli de haine et de désespoir, elle assène un violent coup d’épée au monstre et le décapite. Sa carcasse se volatilise dans un tourbillon de poussière, pour être remplacée par le surgissement d’un escadron de Têtes Coupées. Leurs dents claquent et leur tignasse suit les courbes d’un vent rageur. Emportée par sa hargne, Lia Chen projette dans leur direction une poignée de pièces de monnaie enchantées par ses soins. Au contact de l’argent béni, les visages torturés se tordent et fondent jusqu’à se mélanger à la boue du marécage d’ou ils étaient apparus.

Lia Chen est dans un état extatique. Elle a subi de multiples blessures. Elle est éreintée. Mais distinctement, dans son crâne, elle entend la clameur d’encouragement des voix de ses ancêtres et de tous les guerriers qui lui ont succédé. Elle puise dans ses réserves, réussissant à  entrer en contact télépathique avec Yao Lim dans le pavillon céleste. Dans un effort commun, elles transportent l’Esprit Sans Repos qui menaçait l’établissement par le nord jusqu’aux tourbières du marais. Ainsi à portée d’épée, il est transpercé par la lame de Qiao An.

La complémentarité des quatre-moines guerriers n’a jamais été aussi flagrante qu’en cet instant. Ils anticipent les déplacements des uns et des autres, couvrent leurs arrières, s’invectivent, mettent leurs enchantements en commun pour mutualiser leurs attaques. Xiao Long se débarrasse d’un nouveau Spectre Noir en l’acculant à proximité d’une statuette de Bouddha posée par Qiao An. Shi Wei bannit une Jeune Fille Noyée en lui brandissant un miroir taoïste au visage. La créature des Enfers, confrontée à l’image de son vivant, est incapable de supporter une telle pureté. Elle s’effondre en faisant tintinnabuler la clochette de bronze qui enserrait son cou glabre.

*

Muée par une frénésie destructrice, Lia Chen intercepte un Vampire Bondissant. Son épée transperce la gorge du monstre qui s’éteint dans un gargouillement abyssal. C’est alors que, remuant la terre de leurs ongles pourrissants, une cohorte de briseurs de cercueils jaillit des marais. Leur aura débilitante immobilise Lia Chen. Elle se prend le crâne entre les mains et hurle : – Ils aspirent mes pouvoirs ! Ahahah ahahah…

La douleur lui donne l’impression que sa boîte crânienne va se fendre.

Devant l’urgence, Qiao An se rue sur les zombies décérébrés. Il use de tous ses talents mystiques pour les renvoyer dans les enfers et y parvient. Mais alors qu’il se tourne vers Lia Chen pour voir si elle va bien, le temps semble se figer. Une créature, plus imposante que toutes les autres, vient d’apparaître dans les marais. Elle ressemble à une dryade que la gangrène aurait ravagé. Ses cheveux sont des racines couvertes de champignons vérolés. Son visage est parcouru de veines palpitantes ressemblant à des branchages. Des vers et des cloportes fourmillent dans ses orifices. Ses pupilles brillent avec malice.

L’Horreur Rampante, l’une des dix incarnations du redoutable Seigneur des Enfers. L’épreuve finale pour Lia Chen et ses camarades.

Shi Wei frappe la première, mais l’incarnation de Wu-Feng n’est pas novice dans l’art du combat. Elle pare le coup et, ouvrant grand la bouche, crache une volée d’insectes vrombissants qui assaillent les moines-guerriers de toute part. Autour d’eux, galvanisés par la présence de leur meneur omnipotent, les autres démons redoublent de brutalité.

*

Lia Chen voit débouler sur sa gauche un monstre rugissant aux cornes de taureau et à la fourrure épaisse comme celle d’un ours. Ses jambes sont des sabots puissants qui labourent le marais, projetant de la boue aux alentours. C’est alors qu’elle ressent comme un vide en elle. Une sensation de lassitude l’entrave. Elle baisse les yeux et observe avec ahurissement le bras en forme de tronc d’arbre qui vient de transpercer son ventre. D’un coup sec, l’Horreur Rampante se retire. Les entrailles de Lia Chen suivent le mouvement. Son estomac et son intestin dégueulent en fumant de son abdomen. Une cascade de sang sombre macule la terre à ses pieds. Sa vue se trouble. Elle entend à peine les beuglements désespérés de ses compagnons qui viennent d’assister à son meurtre de la main du Seigneur des Neuf Enfers.

La horde de damnés étouffe la résistance. Au nord, des zombies et des monstres fongiques sont menés par un Buveur de Sang. Ils démolissent l’autel taoïste déjà hanté et portent leur attention sur le cercle de prières. À l’ouest, le Moissonneur s’est joint à un Moines Damné et à une Âme Putréfiée et ils déciment les veilleurs de nuit. À l’est, deux créatures mi-humanoïde mi-serpentiforme ont anéanti le pont des incantations tandis que le démon nuageux a ravagé de ses éclairs tonitruants le pavillon des vents célestes. Au sud, Lia Chen vient de tomber sous les yeux de ses camarades éplorés. La situation est dramatique.

Endeuillés, anéantis par la violence de la mort de la guerrière du Tigre, ses acolytes restent un moment pantois, paralysés par l’affliction. Lia Chen était pour eux une sœur d’arme, une sœur de sang et de cœur. Ils ont grandi ensemble, fait leur apprentissage ensemble, partagé leurs joies, leurs peines, leurs doutes et leurs certitudes. Et ils ont connu la nuit des suppliciés, que tant de générations de guerriers taoïstes avaient redouté avant eux.

Leur torpeur s’estompe lorsque la maison de thé s’écroule sous la charge d’un Buveur de Sang. Des décombres poussiéreuses, une forme s’extraie et rampe. Il s’agit de Lia Liuxian, la propriétaire. Elle est à l’agonie. Ses jambes sont brisées. Son crâne à été écrasé par la chute d’une poutre. Il est à moitié fendu. Un de ses yeux pend en dehors de son orbite et un liquide spumeux se mélange aux remugles rouges qui sortent de sa bouche à flots épais. Elle tient dans ses mains, comme un trésor à la valeur inestimable, deux clochettes argentées qu’elle tend maladroitement en direction des moines-guerriers.

Shi Wei s’exclame alors : – Le Dieu Serpent ! L’Horreur Rampante est vulnérable à la magie du Dieu Serpent !

Elle s’empare des amulettes. Au contact de sa paume, elles se gorgent d’une aura divine.

Les yeux embués de larmes, Xiao Long et Qiao An se préparent à la dernière croisade. Xiao Long s’envole et rejoint le cercle de prières afin de demander aux moines de se prosterner devant le piédestal du Dieu Serpent, ce qui affaiblira les créatures des forêts tout en augmentant la puissance de Shi Wei. Qiao An se place aux côtés de Shi Wei, en position de combat. La guerrière du Serpent concentre toute sa puissance. Dans un extraordinaire éclat de lumière verte, elle libére son pouvoir en direction de l’Horreur Rampante. Le javelot de lumière divine frappe l’incarnation de Wu-Feng en plein visage.

Dans une explosion formidable, le Seigneur des Neuf Enfers est vaincu.

Le ciel gronde tandis que les sbires de Wu-Feng sont envahis par la panique. Leur guide défait, leurs rangs se désagrègent sans cohérence. Leur déroute coïncide avec le lever du soleil. Ses rayons salvateurs transpercent les créatures des ténèbres comme les pointes de dizaines de flèches. En quelques secondes, les hordes démoniaques se sont évaporées dans des cris déchirants.

Le calme retombe sur le village.

La nuit des suppliciés est terminée.

*

Maître Duan Sun se tient devant la sépulture de Lian Chen, décorée de bouquets de fleurs et embaumée d’encens. L’épée runique dont elle s’est servie pour combattre le Seigneur des Neuf Enfers est posée sur son cercueil en bambou. Tout le village est réuni pour rendre hommage à cette formidable guerrière, qui a sauvé le monde de la perdition.

En retrait, Shu Wei, Xiao Long et Qiao An se tiennent droits, dignes. Ils ont le visage impassible, mais leur cœur est étreint par une tristesse incommensurable.

Alors que Maître Duan Sun entame un discours, la vieille carcasse recroquevillée de Gu Xinjue se poste aux côtés des trois moines-guerriers. Son regard brille d’une lueur malicieuse. On dirait qu’elle sourit, ce qui chez elle est tout sauf une habitude. D’un geste énigmatique, elle les invite à la suivre.

Lia Chen est là. Sous forme spectrale en tout cas.

– Comment est-ce possible ? murmure Qiao An, ému aux larmes.

– La magie noire est un fardeau, répond Gu Xinjue d’une voix résignée. Elle m’a rendue omnisciente et immortelle, tout en me condamnant à l’ennui et la solitude. Mais elle ouvre bien des portes. Celles des vivants comme celles des morts. Le lien qui vous unit à Lia Chen est si puissant, votre communion à été si parfaite lors de la nuit des suppliciés, qu’une partie de vos âmes se sont liées à tout jamais. Tant que vous serez en vie, Lia Chen pourra vous apparaître sous cette forme intangible. Vous serez capables de communiquer avec elle entre les brumes fuligineuses qui séparent les royaumes des morts et celui des vivants.

Elle marqua une pause.

– Je vous laisse les enfants. Vous devez avoir des choses à vous dire.

Et tandis que les gongs du temple de Bouddha honorent la défunte Lia Chen, moine-guerrière, disciple de l’école du Tigre, héroïne Tao tombée au combat, quatre amis entament une conservation presque banale dans la hutte vermoulue de Gu Xinjue.

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