[Histoire de Meeples #17] Roulapik

Dans la forêt, c’est l’automne. Roulapik le hérisson décide de sortir le bout de son museau au-dehors. Sa truffe renifle les odeurs de la forêt. Ça sent bon la mousse, le champignon et l’humidité.

Il suit le sentier qui monte la colline. Les arbres commencent à se dénuder. Leurs feuilles sont jaunes et oranges. Elles se détachent au moindre vent, et virevoltent lentement vers le sol. Les sous-bois sont des tapis colorés, où on peut trouver des vers de terre moelleux et des glands qui croquent sous la dent.

Mais, quelle est donc cette odeur qui lui met l’eau à la bouche ? Il trottine au-delà de l’étang aux canards. Un papillon accompagne sa promenade de son vol irrégulier. Oui, son odorat ne lui a pas joué des tours. La butte aux pommiers est couverte de fruits ronds et mûrs, qui sont tombés de leurs branches et ont été amortis par la végétation. Il croque avec délice dans une pomme verte. La peau est acide, mais la chair est tendre et juteuse. Il s’en délecte jusqu’au trognon puis, il passe à une deuxième, à une troisième, tant et si bien, que sa gourmandise l’amène jusqu’au sommet de la butte. Les cimes des pommiers le toisent de toute leur majesté. Il contemple les pigeons ramiers et les coucous qui passent dans le ciel en battant des ailes.

Il a le ventre gonflé et se dit qu’il a assez manger. Mais soudain, son odorat perçoit une odeur encore plus alléchante que celle des pommes. Son estomac prend le dessus sur sa raison, et il se précipite vers la source de cette odeur, s’enfonçant plus avant dans le bois.

Il sort du couvert des arbres et se retrouve au milieu d’une clairière. L’herbe y est haute et verte. Sa truffe hume de plus belle. Tous ses sens sont enivrés. Car non loin, il la sent avec insistance : l’odeur des fraises des bois embaume l’air tout entier.

Il escalade toujours plus haut, écartant l’herbe de ses petites pattes griffues. Soudain, il les voit : rouges comme les ailes d’une coccinelle, sucrées comme les bonbons que sa grand-mère lui offrait quand il était enfant. Il se prépare à se jeter sur ces friandises exquises lorsqu’il entend un bruit parmi les branchages.

Il se fige, et il regarde autour de lui. Quel imprudent il fait ! Il a remonté la colline bien au-delà du sentier qu’il suit d’habitude. Il n’est jamais venu dans cette clairière et il ne sait pas si cette partie de la forêt est dangereuse.

C’est alors qu’un long museau, doté d’une truffe vivace et de moustaches frétillantes, fait son apparition. Puis, une tête aux yeux espiègles, deux oreilles en pointes, un long corps au pelage roux et une queue qui se termine par une touffe de poils noirs.

Un renard. Le plus gros renard qu’il ait jamais vu de toute sa vie.

À trop écouter son appétit, il se rend compte que c’est lui qui va finir dans le ventre du prédateur. Par instinct, il se roule en boule. Recroquevillé dans ses piquants, il tremble de peur. Il entend le pas feutré du prédateur. Ses reniflements se rapprochent.

Alors, sa peur se transforme en courage. La colline est derrière lui. Elle descend jusqu’à sa maison. Une idée de génie germe dans son esprit. Une boule, ça roule bien sûr ! Pourquoi se contenterait-il d’attendre que le renard vienne le dévorer, alors qu’il peut rouler pour essayer de lui échapper ?

N’écoutant que son courage, Roulapik s’arc-boute sur ses pattes arrière et il se jette en avant, évitant de peu les crocs du renard qui se renfermaient sur lui.

Roule, roule, Roulapik, pendant que le renard se lance à ta poursuite.
Roule, roule, Roulapik, au milieu des feuilles mortes, des pommes et des champignons qui jonchent les sous-bois.
Roule, roule, Roulapik, petite boule piquante qui file comme le vent. Le renard, ce coquin, connaît tous les raccourcis, il y a de quoi te faire du soucis.
Roule, roule, Roulapik, enjambe le pont qui traverse l’étang à toute allure. Ta maison n’est pas bien loin, tu peux en voir la clôture. Mais le renard n’abandonne pas la chasse. C’est un rusé, il est tenace.
Roule, roule, Roulapik, rentre en trombe dans ta maison, et ferme la porte à double-tour. Le renard, ce sacripant, ne te mangera pas ce jour.

Roulapik regarde le renard qui repart vers son terrier la queue basse. Il a le cœur qui bat la chamade. Il a eu la frousse de sa vie. Il s’allonge dans son fauteuil et se gratte le ventre en maudissant sa gourmandise. Des fraises des bois, il n’a récolté que l’odeur. Il sait que cette mésaventure a été une bonne leçon, en même temps qu’une sacrée frayeur.

Publié par The Lonesome Meeple

Féru de jeux de société et d'écriture, j'ai décidé de mixer ces deux passions en vous partageant des nouvelles ou de courts récits mettant en scène des parties de jeux de société.

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