[Histoire de Meeples #42] Nom d’un renard

Note de l’auteur : cette nouvelle est écrite pour être interactive. Elle est destinée à des enfants entre 3 et 5 ans. Lisez-là et demandez-leur de tendre l’oreille, car ils seront ceux qui devront démêler l’intrigue finale.

Ce matin-là, tout le poulailler est en émoi. Les poulettes caquettent à tout va. Les coqs ébouriffent leurs plumes et bombent le torse avec un air outragé. Les poussins gesticulent dans la basse-cour en imitant les adultes. C’est un grand capharnaüm.

Lorsque la mère-pondeuse, la plus vieille poulette de la ferme, se présente au milieu de la foule pour s’enquérir de la situation, un concert de voix paniquées répond à son interrogation.

– Allons, allons, du calme… ordonne la vieillarde en levant ses plumes grises vers le ciel. Sommes-nous dans un poulailler ou dans une mare aux canards ?

Un jeune coquelet hurle par-dessus le tumulte de son timbre puissant :

– Il nous a volé l’œuf d’or !

– Il… Qui cela, il ?

– Le renard.

La mère-pondeuse prend le temps de digérer l’information. Elle est sidérée. Depuis des décennies, poules et renards vivent en harmonie dans la paisible cité de Tipeton. Comment un acte aussi vil a-t-il pu être perpétré ?

L’œuf d’or est le trésor du poulailler, une relique que l’on chérit depuis des générations. On dit qu’elle garantit la fertilité des poules et les talents vocaux des coqs, maintenant l’harmonie au sein de toute la communauté.

Sans œuf d’or, plus de réveil matin. Sans réveil matin, plus de rythme. Les journées seront déréglées, les sommeils troublés. C’est toute l’industrie de la ponte qui sera impactée. C’est une catastrophe.

Malgré la panique qui s’empare d’elle et lui donne la chair de poule, la mère-pondeuse apaise ses camarades affolés.

– N’ayez crainte, je contacte immédiatement les services de poulice. Nous ne laisserons pas ce crime impuni.

*

Roussette, Cotcotcodette, Plumette et Grisette ont quitté le commissariat de poulice. Elles revêtent un imperméable et une casquette à carreaux de couleur beige. Elles tiennent dans leurs plumes leur scanner dernier cri, un bijou de technologie poulicière qui permet de traquer les malfrats avec une efficacité redoutable.

Elles ont le portrait-robot du voleur : un long museau, des yeux noirs, une queue touffue et des poils roux. Le problème est que cette description correspond à l’intégralité de la population renarde de la ville. Elles vont devoir user de toute leur ruse et de tout leur sens de la déduction pour arriver à identifier le coupable avant qu’il ne s’échappe.

– Séparons-nous, propose Grisette, la doyenne de l’équipe d’investigation.

– À vos ordres, s’exclame Cotcotcodette en imitant un salut militaire. Je me dirige vers le restaurant. On dit que le patron connaît tout le monde dans la ville. Il aura peut-être entendu parler de quelque chose de louche.

– Je prends la direction du marchand de glaces, complète Roussette. C’est bien connu que les délinquants adorent les sucreries.

– Faisons cela, approuve Plumette. Moi, je vais chez l’horloger. Il déteste les coqs depuis toujours, car leurs cocoricos sont des réveille-matins naturels, et cela nuit aux ventes de montres. Il a le mobile pour être derrière tout ça.

– Le temps presse, mes amies. Hâtons-nous.

*

A midi, les quatre inspectrices se retrouvent au commissariat pour débriefer. Elles ont couru dans toute la ville et sont épuisées. Elles livrent leurs résultats autour d’une tasse de café et d’un ramequin de vers de terre séchés.

C’est Roussette qui lance les hostilités :

– Le marchand de glaces est formel. Il a vu la silhouette d’un individu étrange qui passait près de son stand à l’aube. Sa poche scintillait d’une lueur dorée. Il n’a pas pu voir son visage, mais il m’a assuré qu’il n’avait pas d’écharpe, ce qui l’a étonné, au vu de la température glaciale de ces derniers jours. J’ai également recueilli le témoignage du jardinier qui officie à la salle de réception près du lac. Il jure avoir vu passer un renard qui ne portait pas de chapeau le long des berges.

– Sans doute marchait-il dans l’eau peu profonde pour ne pas laisser d’empreinte, suppute Grisette. La rivière coule jusqu’au poulailler. Il a pu remonter son lit sans faire la moindre trace. Habile…

– Chou blanc pour moi, se désole Plumette. L’horloger a un alibi. Néanmoins, il n’a pas été surpris d’apprendre que l’œuf d’or avait été dérobé. Il m’a appris qu’un individu cagoulé, et ne portant pas de canne, lui avait rendu visite la semaine dernière en lui demandant s’il rachetait, je cite : « des artefacts rares« .

– Je crois que cela correspond bien à la définition de l’œuf d’or, murmure Grisette en penchant la tête d’un air dubitatif.

– Le propriétaire du Carrousel, au square, m’a affirmé qu’il avait aperçu un renard suspect, qui n’arrêtait pas de regarder l’écran de sa montre à gousset, pas plus tard qu’hier, enchaîne Cotcotcodette. Il m’a expliqué que l’individu l’avait intrigué car il semblait ne pas avoir une bonne vue, mais ne portait ni monocle, ni lunettes. De fait, il fixait les aiguilles de sa montre comme un maniaque pendant plusieurs secondes pour réussir à lire l’heure.

– A-t-il décelé un trait particulier sur son visage ?

– Non. C’était un renard comme on en fait des centaines dans cette ville.

– Bon, nous avançons. Beau travail les poulettes, félicite Grisette en terminant son café noir d’un grand coup de bec en arrière. Il est temps de s’y remettre. De mon côté, j’ai toutes les raisons de penser que le voleur s’est infiltré dans la grande parade qui traverse le centre-ville aujourd’hui. Il faut l’identifier et l’intercepter avant qu’il n’atteigne le boulevard principal. Dans l’agitation du défilé, il pourra s’éclipser par les égouts sans attirer l’attention de quiconque.

– Mais, cheffe, pourquoi ne pas stopper le convoi et mettre tous les renards en garde à vue pour suspicion de vol ? demande Roussette.

– N’y pense même pas. Si nous intervenons sans preuve, le coupable sera libéré sans même passer par la case tribunal. Depuis que les vautours ont la mainmise sur le barreau, le moindre vice de procédure permet de libérer les pires des malfaiteurs.

– Mais… C’est injuste ! s’offusque la jeune enquêtrice.

– L’injustice est le propre de la justice, répond Grisette avec une mine désabusée. Tu apprendras à t’y faire.

*

La procession compte plusieurs dizaines de renards. Ils sont tous vêtus de manière excentrique, mais on les identifie par leur pelage orangé aux extrémités blanches. La grande parade a lieu tous les ans avant la saison hivernale. Les renards fêtent l’hibernation à venir. Ils défilent dans les rues en distribuant des friandises aux enfants et des chocolats aux adultes. C’est une liesse populaire partagée avec les autres espèces, qui est synonyme d’allégresse et d’insouciance.

Pour les poulicières, la fête de cette année est gâchée par le vol de l’œuf d’or. Le bandit a bien prévu son coup. Agir la veille de la parade pour se mêler aux membres de son engeance et s’y dissimuler parmi les déguisements les plus saugrenus, c’était un plan bien ficelé. C’était sans compter sur la pugnacité des poulettes investigatrices.

Grâce aux témoignages du marchand de chapeau, elles savent que le suspect porte un collier de perles. Dissimulées derrière la grille en fer forgée du parc central, les yeux fixés sur les verres grossissants de leurs jumelles, elles observent la joyeuse ribambelle de queues rousses qui se dandine sur le pont qui enjambe la rivière, à quelques pas du restaurant.
Le coupable est là. Il se croit en toute impunité, l’œuf d’or dissimulé sous ses colifichets.

Le téléphone de Grisette vibre. Elle vient de recevoir l’autorisation d’interpellation de la part du procureur.

– Ok les poulettes. Vous avez repéré la cible ?

Cotcotcodette et Plumette se jettent un regard en coin.

– Je… Euh… C’est que… Il peut s’agir de plusieurs renards, bredouille Cotcotcodette.

– Ne me dites pas que j’ai dérangé le procureur pour rien ! s’agace Grisette. Et, par le glougloutement du dindon, où est Roussette ?

À cet instant, elles voient justement Roussette en train de traverser le parc à tire d’ailes. Elle est débraillée et son chapeau est à deux doigts de tomber de sa tête. Dans sa main, elle tient un objet mou noir comme le corbeau.

– J’a… rrive… de la… serre… aux… lé… gumes… ahane-t-elle. Re… gar… dez… J’y.. ai trouvé… ceci.

Elle montre un bout de tissu, qui semble provenir d’un vêtement plus grand. Une cape. Elle a été déchirée et est couverte de terre et de poussière.

– Le botaniste m’a expliqué qu’il avait chassé un individu douteux de la serre ce matin. Il semblerait que notre voleur ait voulu s’y dissimuler en attendant le début de la grande parade.

– C’est ce qu’il nous fallait, jubile Grisette en braquant ses jumelles sur le défilé qui se rapproche. Il est fait comme un ragondin.

As-tu écouté attentivement l’histoire ?

Je l’espère, car c’est à toi de jouer. Aide les poulicières à arrêter le bon suspect parmi les renards ci-dessous. Bonne chance.

Publié par The Lonesome Meeple

Féru de jeux de société et d'écriture, j'ai décidé de mixer ces deux passions en vous partageant des nouvelles ou de courts récits mettant en scène des parties de jeux de société.

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