[Histoire de Meeples #43] Marvel United

– Alors mon chéri, il t’a plu ce goûter d’anniversaire ?

M et Mme Thomas claquent les portières de leur Dacier Duster flambant neuf. M. Thomas s’installe au volant, tourne la clé dans le contact et appuie sur la pédale d’accélérateur. L’icône du GPS indique qu’ils seront à la maison dans 8 minutes.

– C’était génial ! éructe Pablo, dont le taux de sucre dans le sang n’a jamais été aussi élevé.

Il engloutit une friandise bicolore gélatineuse avant de reprendre :

– On a joué aux Avengers !

– Wahou ! s’extasie Mme Thomas. Et toi, lequel étais-tu ? N’est-ce pas celui avec le frisbee que tu préfères ?

– Maman, ce n’est pas un frisbee, c’est un bouclier, s’agace Pablo. Captain America.

– Captain America. Oui, je l’avais sur le bout de la langue.

Elle jette un regard de reproche à son mari, qui affiche un rictus sarcastique, comme à chaque fois qu’elle essaie de s’intéresser aux passions de son fils et qu’elle embourbe dans son ignorance.

– Et alors, en quoi ça consiste de jouer les Avengers ?

Une petite flamme s’allume dans la rétine de Pablo. Il n’a pas besoin de cela pour être bavard, mais harponnez-le sur l’univers Marvel, et il devient intarissable.

– On était tous réunis dans la tour des Avengers, commence-t-il. Il y avait Bruce Banner…

– Le géant vert, souffle M. Thomas à l’oreille de sa femme, qui voit apparaître devant elle une conserve de maïs et se demande ce que cela vient faire dans la conversation.

Son fils est, heureusement, imperturbable. À ce stade, il n’a même plus besoin d’un auditoire.

– …, Tony Stark…

Nouveau message subliminal de son mari, qui tend ses bras en avant, place ses paumés devant le pare-brise, et imite ce qui semble être des rafales de tirs. L’homme-araignée lui vient en tête, et elle se dit qu’il porte un nom plutôt vieillot pour un garçon prétendument jeune.

– …, et moi, Captain America. Quand soudain, l’ordinateur principal s’est mis à résonner. C’est Redskull, il nous attaque !!!

Mme Thomas surnage dans cette énumération de personnages tous plus grotesques les uns que les autres. Crâne Rouge. Qu’est-ce que cela ? Elle sait qu’elle se trompe, mais elle voit apparaître dans son esprit l’image d’un chef indien au visage peint de figures tribales et au crâne surmonté d’une magnifique coiffe d’aigle.

– On n’avait pas le choix, il fallait parcourir la ville pour l’arrêter. La stratégie de Red Skull, c’est la peur. Il avait envoyé plein de vilains partout pour semer la zizanie. La police était débordée. C’était un boulot dont seuls les Avengers pouvaient se charger.

– D’abord, on a dû se débarrasser des troupes d’élite de l’hydre qui attaquaient la tour. On était en sous-nombre, mais nos adversaires ne pouvaient pas rivaliser avec notre force. Stark a enfilé sa combinaison et il a fait évacuer les civils tandis que je me chargeais des bandits. Banner essayait de localiser notre ennemi par satellite, alors il est resté en retrait. Grâce à lui, on a appris que Red Skull avait envoyé certains de ses lieutenants les plus dangereux. Madame Hydra…

Mme Thomas se retient de rire alors que l’image d’une femme à la peau verdâtre et aux cheveux faits de serpents se tortillant frénétiquement jaillit dans son imagination féconde.

– … semait la terreur sur l’héliporteur du S.H.I.E.L.D. Si elle s’en emparait, ce serait une catastrophe, car cet engin est un centre de commandes lourdement armé. Elle aurait pu semer la destruction dans tout le pays.

Mme Thomas fait mine d’être impressionnée. Son fils n’y voit que du feu, mais pas son mari, qui pouffe dans sa barbe.

– J’ai sauté sur ma moto de super-héros et…

Pablo imite le bruit d’un moteur.

– … BIM ! BAM ! BOUM ! Par deux fois, j’ai attaqué Madame Hydra avant de devoir battre en retraite à cause de renforts. On s’est retrouvé de nouveau réunis dans la tour. Et pendant ce temps, Red Skull courait toujours.

– Finalement, Banner a réussi à identifier notre ennemi dans les labos de la tour Stark. Tony était furieux que sa propriété soit en train d’être saccagée. Il voulait se ruer là-bas, mais c’était à l’autre bout de la ville, et ni moi ni Banner ne savions voler. On lui a dit, comme ça : « Tony, on est une équipe. On reste ensemble, un point c’est tout« .

L’autorité qui émane de la bouche de son fils gonfle Mme Thomas de fierté. Ce n’était peut-être qu’un jeu d’enfants, mais elle reconnaît dans son discours des valeurs d’unité que son mari et elle ont toujours essayé de lui transmettre. Elle se persuade qu’il s’agit là d’un héritage de leur éducation bienveillante.

– Stark nous a écoutés et on s’est rués vers l’héliporteur assiégé. Avec l’aide de Hulk, on a pulvérisé les assaillants, dont Madame Hydra, que j’avais suffisamment affaibli pour qu’elle cède sous nos attaques. Entre temps, les comparses de Red Skull s’étaient répandus dans toute la ville. Des signaux de détresse sont apparus sur nos balises, en provenance de Central Park. Des bandits s’en prenaient à des civils innocents. On ne pouvait pas laisser faire ça. Avec Iron Man, on a foncé là-bas. Mais Hulk a été retenu par des kamikazes envoyés par Red Skull. Ils l’ont plongé dans une rage si frénétique, qu’il a failli blesser plusieurs civils qui s’étaient réfugiés sur les ponts supérieurs du porte-avions.

Mme Thomas lorgne sur le visage de son mari. Comme d’habitude, il feint l’impassibilité, mais son œil brillant ne trompe personne, en tout cas pas elle. C’est lui qui a transmis à son fils la passion pour les Comics et pour le cinéma américain à effets spéciaux. Il est fier de cette transmission, mais est handicapé par cette pudibonderie caractéristique de la gent masculine face à tout ce qui touche à l’amour filial et à l’expression de ses sentiments profonds, et il n’osera jamais exprimer clairement à son enfant à quel point il est heureux de l’entendre ainsi discourir.

– À Central Park, on a déjoué un acte de sabotage des malfrats. On a bataillé ferme pour pouvoir désamorcer les bombes qu’ils avaient placé et exfiltrer les civils prisonniers sur l’héliporteur, en compagnie de Hulk qui s’était calmé. On pensait qu’on avait fait le plus dur, mais les manigances de Red Skull ne faisaient que commencer. BAM ! Il a assiégé le quartier général du S.H.I.E.L.D. Il a complètement trompé notre vigilance. Il faut dire qu’on ne pouvait pas être sur tous les fronts. Vaincre les méchants. Secourir les civils. Éliminer les menaces critiques. Il nous avait bien roulé dans la farine.

– On savait que Redskull était invulnérable tant qu’on n’aurait pas affaibli son armée, car il tire sa puissance de ses sbires et de la terreur qu’ils inspirent à la population civile. D’un commun accord, on a décidé de se séparer. Le temps jouait contre nous. Si nous étions trop attentistes, cela allait finir en eau de boudin.

Mme Thomas sourit. Plus personne n’utilisait cette expression ringarde, si ce n’était son mari. Les chats ne font définitivement pas des chiens.

– Je me suis dirigé vers les labos Stark pour en faire déguerpir les malfrats et y remettre de l’ordre, tandis que Hulk se précipitait vers le quartier général de la police de New-York. On avait entendu qu’il y avait du grabuge là-bas. Les policiers étaient aux prises avec Crossbones, un mercenaire fou furieux qui manie l’arbalète et pratique les arts martiaux. Les flics ne pouvaient rien contre lui, mais il n’était pas de taille à affronter la fureur de notre monstre vert. Le duel a été aussi court que destructeur. Hulk s’est débarrassé du malfaiteur en un tournemain, si bien que cela a galvanisé les forces de l’ordre et qu’elles ont décidé de nous prêter main forte dans la reconquête du quartier général du S.H.I.E.L.D. Red Skull a été contraint de refluer dans Central Park, mais il était toujours entouré de bandes de malfrats tenaces et déterminés, et sa fureur s’intensifiait.

Mme Thomas se surprend à être pendue aux lèvres de son fils et son récit épique. Elle ne voit même pas qu’ils traversent le chemin de fer du boulevard Saint-Martin et ne se rend pas compte qu’ils quittent la rocade pour les routes de campagne sinueuses qui mènent à leur domicile.

– Hulk est venu me seconder dans les labos Stark. On a réussi à réactiver quelques machines que seul Tony maîtrisait mais, étant donné qu’il était introuvable, on a dû improviser. Avec ses mains qui broient tout ce qu’elles touchent, Hulk était incapable d’utiliser les technologies Stark, mais j’ai pu me fournir en armes et gadgets pour mes futurs combats. Entre-temps, nous avions appris que Red Skull avait remis le couvert et qu’il menait une véritable guérilla au sein du QG du S.H.I.E.L.D. Il était temps pour nous de le confronter et de le vaincre pour de bon.

– On avait beau essayer de se rapprocher de Red Skull, on était toujours confrontés à d’autres urgences. À peine avais-je quitté les labos Stark, que Hulk tombait dans une embuscade. À croire que nos ennemis faisaient exprès de l’assaillir à l’improviste. J’ai dû le laisser seul, mais alors que je traversais Central Park, des méchants me piégeaient également. On a fait un véritable carnage, chacun de notre côté. Cela a suffi pour calmer les ardeurs des assaillants les plus véloces. Nous savions que Red Skull ne se remettrait pas de cette hécatombe. D’ailleurs, il a fui lâchement le QG du S.H.I.E.L.D et il s’en est pris directement à la tour des Avengers. Le lâche. Il fuyait et nous contournait, encore une fois.

– C’est à ce moment précis qu’Iron Man est réapparu. On ne savait pas où il s’était dissimulé tout ce temps. Ses fusées ont fendu l’air et il s’est abattu sur Red Skull comme un oiseau de proie. Il l’a expulsé du haut de la tour des Avengers, jusque sur le toit du commissariat Central. Hulk et moi n’avons même pas eu l’opportunité d’intervenir. L’homme de métal a fini le travail à sa manière. Toujours là pour voler la vedette et tirer la gloire à son compte, hein Papa ?

– C’est du Stark tout craché, fiston, valide le paternel, alors que la voiture familiale s’engage dans la cour et que les roues crissent sur le gravier.

– Eh bien dis donc, tout ça en une seule après-midi !? s’émerveille Mme Thomas. Il en a de l’énergie le grand-père d’Enzo, pour vous embarquer dans ce genre d’aventures.

– Tu sais Maman, il triche un peu son papy, lance Pablo avec un brin d’ironie. Tout ce que je viens de te raconter, c’était dans un jeu de société.

Publié par The Lonesome Meeple

Féru de jeux de société et d'écriture, j'ai décidé de mixer ces deux passions en vous partageant des nouvelles ou de courts récits mettant en scène des parties de jeux de société.

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