[Histoire de Meeples #47] Pandémie

Février

Quiconque prêtait attention aux rumeurs en avait entendu parler. Depuis plusieurs mois – certains évoquent le début de l’automne, d’autres disent que cela a débuté cet été, les médias indépendants relatent des événements troublants à propos de la situation sanitaire en Chine. Le parti communiste aurait tenté de museler la presse locale et d’atténuer la gravité de la situation, mais Internet n’a pas de frontière. Très vite, les témoignages accablants ont commencé à fuiter.

Il est question d’un virus, une souche virulente jusqu’alors inconnue. Elle serait apparue dans la région de Wuhan, dans le Sud-Est du pays. Elle transporterait une maladie respiratoire qui emporterait ses victimes dans la tombe en moins d’une semaine. Des milliers de cas seraient avérés et la propagation déjà bien avancée le long de la ligne imaginaire qui sépare Hong-Kong de Shanghaï.

Je dois vous avouer que, même en travaillant dans le milieu médical, je n’ai commencé à m’intéresser au sujet que très tard. La France sortait d’une année de conflits sociaux sans précédent. Nous tentions de recoller les morceaux d’un système à l’agonie qui marchait sur les pauvres et creusait davantage les inégalités. Alors une maladie en provenance d’un pays oriental, réputé pour ses errances sanitaires et peuplé de gens qui mangeaient du chien… Pensez donc. Notre arrogance d’occidentaux n’allait pas nous faire prendre cette menace au sérieux.

Les premières déclarations de nos responsables politiques ont d’ailleurs été lunaires. Lorsque les rumeurs se sont transformées en faits irréfutables et que les organisations mondiales de santé ont reconnu publiquement le problème, on nous a déclaré que la France était immunisée, que le virus ne dépasserait pas la frontière. On nous a rejoué le sketch éculé de Tchernobyl. Sauf que nous ne sommes plus en 1986. Les citoyens ne sont plus dupes. En un clic, ils ont accès à l’information venue du monde entier, dans ce qu’elle a de plus tronquée, mais aussi dans ce qu’elle colporte de plus véridique.

La politique de l’autruche a dominé le débat public. Disons-le franchement, on nous a pris pour des cons et des illettrés alarmistes. On a utilisé l’excuse du complotisme pour faire taire les questionnements, comme si prendre du recul était subitement devenu une tare congénitale. Pendant ce temps, rien n’a été mis en place. Rien n’a été anticipé. Alors que des pays plus avisés commençaient à fermer leurs frontières et à appliquer des quarantaines drastiques, nous avons maintenu les vols entre Paris et Wuhan, l’épicentre de l’épidémie. Le 16 Janvier, un avion entier de ressortissants chinois a atterri à Roissy et s’en déversé dans la capitale sans le moindre contrôle. Quinze jours après, on identifiait un premier cluster au cours d’un rassemblement religieux.

Il devenait urgent d’agir. Nos services hospitaliers n’étaient pas préparés à la vague de malades qui allait déferler. Depuis plusieurs semaines, nous voyions les efforts qui étaient déployés par les Chinois pour endiguer l’épidémie. Rendez-vous compte, ils faisaient sortir de terre des hôpitaux entiers ! Ils avaient confinés des villes peuplées de dizaines de milliers d’habitants, mettant un coup d’arrêt brutal à une partie de la production mondiale. Les marchés financiers s’affolaient, la panique grondait.

L’épidémie s’est propagée comme une traînée de poudre. Au 1er Février, elle touchait non seulement la Chine mais aussi l’Ouest Européen, France et Italie en tête de liste, ainsi que le Brésil méridional. Les hôpitaux de San Francisco, où la communauté asiatique est considérable, recensaient leurs premiers cas. L’Amérique vivait dans la peur car la même maladie respiratoire que celle qui frappait la Chine se déversait dans les grandes villes, touchant des États aussi éloignés entre eux que la Californie et l’Illinois.

Et au milieu de ce marasme, que pensez-vous qu’il est advenu dans notre bon vieil hexagone ? Et bien je vous le donne en mille : la farce a continué. Alors qu’il devenait clair que nous avions besoin de masques pour nous protéger les uns les autres, qu’il fallait appliquer des tests à toute la population, comme c’était le cas massivement en Asie, nos politiques ont été fidèles à eux-mêmes : ils ont brillé par leur déni et leur inaction.

Je rentrais d’une journée de douze heures sans pause lorsque je suis tombé sur l’intervention télévisée de la ministre de la santé. Elle assurait que le port du masque n’était pas obligatoire. Pire encore, elle affirmait que si elle avait été contrainte de porter un masque, elle n’aurait pas su comment le mettre sur son visage. J’en avais presque fracassé ma télécommande sur le sol. Tous les médias étrangers et/ou indépendants disaient bien entendu le contraire, mais admettre que nous n’avions pas de quoi équiper, donc protéger, la population était trop transparent et trop honnête.

L’honnêteté, ce n’est vraiment pas ce qui étouffe nos dirigeants politiques, en tout cas ceux qui gravitent dans les hautes sphères. Ce mépris avec lequel il nous traite, ils devront en rendre des comptes un jour ou l’autre.

Mars

À partir du moment où il est devenu clair que les États-Unis étaient en danger, la coalition internationale s’est mise en branle. Tandis que notre président nous gratifiait d’un discours légendaire, utilisant des métaphores guerrières pour justifier un confinement total de la population, les médecins, chercheurs et scientifiques du monde occidental mettaient tout en œuvre pour enrayer la propagation de l’épidémie et pour trouver un remède.

Nous vivions dans l’angoisse la plus obscure. Chaque sortie au supermarché était une épreuve de force. A présent que, grâce à ces mêmes Chinois que nos médias avaient conspué, nous avions reçu un stock de masques suffisant pour fournir la population, cet objet grotesque, que nos élites avaient méprisé, était soudain devenu obligatoire dans tous les déplacements. Et vous savez ce qui était le plus drôle dans cette situation ? C’est que, pas plus tard que quelques mois auparavant, durant les manifestations qui avaient fait trembler le pouvoir, l’Assemblée avait fait voter un décret pour empêcher les protestataires de défiler le visage couvert. Soi-disant que cela conférait un sentiment d’impunité et multipliait les chances de commettre des infractions. Ce n’était pas la première fois qu’un gouvernement retournait sa veste, mais ce revirement-là avait quelque chose de magistral.

Plus la couleuvre est grande, plus elle passe facilement. Seuls les imbéciles s’embarrassent de la cohérence et de l’intégrité. Ils nous l’ont bien fait comprendre.

Dans le même temps, les Anglais ont refusé de s’aligner sur les préconisations de l’OMS. Ils misaient sur l’immunité collective pour se sortir la crise indemne. Résultat : ils ont été le foyer d’une nouvelle souche de l’épidémie, et leur mortalité a grimpé en flèche. Parfois, c’est rassurant de se dire que nous n’avons pas le monopole de l’incompétence et des prises de décision ubuesques.

De l’autre côté de l’Atlantique, la situation à San Francisco s’aggravait et les cimetières de Sao Paulo ne désemplissaient plus. Les équipes de médecins dépêchées par Washington intervinrent en Europe, et nous eurent l’illusion que la France avait été sauvée. En parallèle, la rapidité avec laquelle les Chinois agissait donnait de bons résultats. À la fin Mars, seules les villes de Hong-Kong et de Séoul peinaient à enrayer la maladie, mais les mégapoles de Pékin et de Shanghai semblaient voir le bout du tunnel. Cependant, une troisième mutation du virus faisait son apparition à Karachi, et cela ne présageait rien de bon dans un pays si proches d’un foyer de population aussi important que celui de l’Inde et où les infrastructures sanitaires étaient vétustes et mal équipées.

Avril

Notre premier mois de confinement a été synonyme d’espoir. Mon quotidien d’infirmier a certes été bouleversé, car j’ai été réquisitionné en service de réanimation à plusieurs reprises, cumulant des heures supplémentaires que je ne suis pas assuré de me faire payer un jour, mais les chiffres globaux étaient prometteurs. Chaque jour, le nombre de cas diminuait. Nous pouvions nous dire que nos sacrifices n’étaient pas vains.

Tout le milieu hospitalier était en surrégime, exposé à des scènes atroces. Nos chirurgiens devaient choisir quels patients sauver et quels patients laisser mourir. Cela laissera des stigmates sur l’ensemble de la profession médicale, mais nous rebondirons, comme l’humain l’a toujours fait au cours des crises qui ont jalonné son histoire. Et d’ailleurs, notre président ne nous a-t-il pas traité en héros de la nation et promis la médaille du mérite lorsque cette tragédie sera derrière nous ? La médaille du mérite, c’est plus confortable que de nous donner les budgets que nous réclamons depuis des lustres pour endiguer la lente déliquescence de notre hôpital public.

Cette annonce a provoqué un tollé et conduit à la démission de plusieurs directeurs d’établissements. Mais cela ne changera rien. Ils auraient aussi bien pu faire une grève de la faim et se laisser crever. La rhétorique gouvernementale est aussi fallacieuse que bien rodée. C’est bien connu : les héros de guerre ne réclament pas de contrepartie. Les héros de guerre se contentent de l’auréole de la gloire et de la satisfaction du devoir accompli.

Mai

Alors que le monde entier était en crise, la planche à billets s’est miraculeusement remise à fonctionner d’elle-même et des budgets pharamineux ont été débloqués. Des centres de recherche ont fleuri un peu partout autour du globe : Mexico City, Karachi, Paris.

Nos politiques français s’enorgueillissent d’être précurseurs dans la lutte contre le virus, mais dans les couloirs  des administrations, il se dit que c’est la Maison Blanche qui a entièrement financé les recherches en cours à la Pitié Salpêtrière, et qu’elle a dépêché des experts venus d’Atlanta pour superviser les opérations. On sent des relents de Guerre Froide poindre dans le maelstrom de la diplomatie internationale, car il se murmure également que le centre de recherche érigé dans la capitale du Pakistan a été financé par les Russes. On parle d’une course aux vaccins. Chaque bloc veut s’accaparer les lauriers de la victoire. On sent déjà la coalition s’effriter au profit des intérêts individuels. Le dépôt des brevets de vaccination et la manne financière exponentielle que cela représente sont devenus l’unique obsession des puissants de ce monde. Etrange comme il n’y a personne pour anticiper l’orage, mais tant de monde pour vendre le récipient qui permettra d’écoper l’inondation.

Des thèses farfelues se propagent sur la webosphère. Certains parlent de complot, car Wuhan, la première ville à avoir été touchée par le virus, abrite en son sein plusieurs entreprises pharmaceutiques spécialisées dans l’étude des virus rares. On se questionne sur la nature de l’épidémie, on conteste son caractère endémique, on parle d’armes bactériologiques dont on aurait perdu le contrôle. À l’échelle de la France, le gouvernement n’en fini pas d’être critiqué pour ses prises de position contradictoire. L’opposition se délecte en resassant les mauvaises décisions prises au début de la crise sanitaire.

Quand la plupart des citoyens sont enfermés chez eux, ils n’ont plus grand chose à faire d’autre que se questionner et s’insurger. La dissension est dans tous les esprits. On espère que le déconfinement sera pour bientôt. Déjà, des centaines de forums sur les réseaux sociaux appellent à manifester à la première occasion. Malheureusement, nous sommes loin de la sortie de crise.

Au milieu de ce brouhaha de propos fantasques, une théorie plus rationnelle que les autres émerge et fait son bonhomme de chemin dans la sphère scientifique. Les habitants du Sud-Est asiatique sont réputés pour leurs traditions culinaires atypiques. Cela fait plusieurs années que je vois passer des articles de revues médicales spécialisées qui avertissent sur la dangerosité de certaines traditions, notamment celles qui consistent à manger des animaux vivants. Il semblerait que ce soit l’origine de la catastrophe. Wuhan recèle bel et bien l’un des plus gros instituts planétaire de virologie, mais elle contient surtout des dizaines de marché à ciel ouvert, qui sont à eux seuls un cas d’école sur tout ce qu’il ne faut pas faire en termes de règles sanitaires.

Aux alentours du pont de l’Ascension, les médias ont relaté qu’une impressionnante éclosion du virus avait contaminé la Thaïlande et se propageait entre l’Indonésie et l’Inde de l’Est à vitesse grand V. Le seul lien de corrélation entre Wuhan et Bangkok serait la consommation d’une espèce de chauve-souris présente dans tout le Sud-Est asiatique. Elle serait porteuse saine du virus depuis au moins quarante ans, et elle ne l’aurait transmis à l’homme dans sa version la plus virulente et la plus létale que très récemment.

Dans le même temps, la situation en Europe, qui avait semblée maîtrisée au cours du mois précédent, s’aggrave. Les cas repartent à la hausse, que ce soit en France, en Italie, ou en Allemagne. Si même nos voisins germains, cités en exemple pour leur bonne gestion de la crise et la discipline avec laquelle ils respectent les restrictions sanitaires, sont dépassés, cela signifie que nous sommes loin, mais alors très loin, d’être sortis d’affaire.

Juin

Les États-Unis sont en flamme. L’épidémie a connu un pic fulgurant entre la mi-Mai et la mi-Juin. On fait état d’hôpitaux surchargés, de milliers de morts, de fosses communes créées à la hâte, car on n’a ni la place, ni le temps, d’enterrer les vivants.

La Maison Blanche a démenti l’information, mais il paraîtrait que même le Président est malade. Washington a été l’épicentre d’une nouvelle éclosion du virus qui s’est propagée sur toute la côte Est, de New-York jusqu’à Miami, et est en train de faire ployer un pays déjà à l’agonie. Le désastre est aussi bien sanitaire que social. Il met en exergue les défauts d’une politique de santé qui ne favorise que les riches. Le problème, c’est qu’avec une industrie à l’arrêt, le taux de chômage a grimpé en flèche. Beaucoup de citoyens n’ont même pas de quoi cotiser pour une couverture maladie minimaliste. Ils sont face à un cruel dilemme : s’endetter pour se soigner ou tomber malade en tentant de conserver le peu d’argent qu’il leur reste.

Ce virus n’aura pas épargné ceux qui se pensaient intouchables. Comble de l’ironie, en dehors de l’Asie, ce sont davantage les pays dit développés qui sont touchés par l’épidémie. Jusqu’à présent, l’Afrique a été épargnée, et le seul pays d’Amérique du Sud qui ait réellement souffert de la crise est le Brésil, mais la faute en revient à ses dirigeants, qui ont mis en place le confinement seulement au début du mois dernier.
Un espoir est venu de Karachi, cependant. Les chercheurs ont réussi à isoler la souche du virus qui sévit en Asie de l’Ouest : ils ont confectionné un remède qui a déjà fait ses preuves. La Russie s’est précipité sur l’aubaine et a débloqué des moyens logistiques démesurés pour que le vaccin puisse être distribué d’Alger à Moscou en passant par Chennai. Tandis que le drapeau étoilé brûle, celui du Kremlin resplendit et nargue l’Occident dans les tribunes officielles avec des déclarations narquoises.

Si nous sortons vivants de cette crise sanitaire, nous allons au devant de graves problèmes diplomatiques. Que ce soient les insinuations du président américain, jugeant les Chinois responsables de la pandémie, aux provocations du président Russe, ou encore à la remise en question des différentes populations sur la gestion de l’épidémie par leurs gouvernements respectifs, le monde n’a jamais été autant divisé, alors qu’il aurait besoin de tout le contraire.

Juillet

Un mois n’aura pas suffi pour éteindre l’incendie qui ravage la civilisation occidentale. L’épidémie ne faiblit pas, bien au contraire. Londres, Berlin, Paris, Milan… En Europe, le virus emporte dans son sillage délétère de plus en plus de vies humaines. Désormais, nous avons même peur de rester enfermés entre quatre murs. La moindre quinte de toux, le moindre accès de fièvre plongent les citoyens dans le désarroi le plus total. Nous commençons à manquer de beaucoup de biens de consommation courante. Les usines chinoises n’ont pas repris totalement, le trafic maritime est encore fortement impacté par les obligations de quarantaine. L’aberration de notre économie globalisée nous éclabousse dans toute sa cruauté. À force de déléguer notre souveraineté à d’autres, nous avons perdu notre indépendance. Nous récoltons ce que nous avons semé.


À l’hôpital, nous avons dû rationner les masques ainsi que le gel hydroalcoolique. Même le paracétamol est devenu une denrée précieuse. On nous a parlé d’une subvention publique exceptionnelle octroyée par le fond de pension monétaire international, mais elle arrivera trop tard, si elle arrive un jour. Nous n’en pouvons plus de la condescendance des politiques et de leurs effets d’annonce qui ne sont suivis d’aucune action sur le terrain. Nos équipes sont épuisées par plusieurs mois d’une bataille incessante contre un ennemi implacable. Nous ne pouvons plus nous contenter de promesses qui ne seront pas tenues.

Hier soir, j’ai appris que les scientifiques mexicains avaient mis au point un remède contre la forme la plus atténuée du virus qui s’est propagée entre l’Amérique centrale  et l’Afrique subsaharienne. Dans le même temps, on parle d’avancées prometteuses sur un vaccin en Asie. L’impérialisme américano-européen aura donc été supplanté dans tous les domaines. Non seulement les États-Unis et l’Europe sont les endroits du globe qui comptent le plus gros pourcentage de décès comparativement à leur densité de population, mais en plus, ils seront les derniers pour qui les scientifiques trouveront un remède à la maladie, s’ils le trouvent… Nous sommes bel et bien la risée du monde.

À quoi bon se faire du mouron, je ne peux pas y faire grand-chose. Je me contente de faire mon travail sans rechigner. Si je peux sauver ne serait-ce qu’une vie innocente, alors je n’aurai pas fait cela en vain.

Je dois vous laisser. J’ai une dure journée demain. Peut-être serons nous amenés à nous parler encore. Qui sait, la vie est pleine de surprise.

Prenez soin de vous. On a toujours jugé cela cliché, mais je crois que plus personne n’a envie d’en rire aujourd’hui : le plus important, c’est la santé. 

Publié par The Lonesome Meeple

Féru de jeux de société et d'écriture, j'ai décidé de mixer ces deux passions en vous partageant des nouvelles ou de courts récits mettant en scène des parties de jeux de société.

2 commentaires sur « [Histoire de Meeples #47] Pandémie »

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