[Histoire de Meeples #51] Cargo Noir

Trafic en eaux troubles

On les appelle les cargos noirs. Ils accostent toujours de nuit, à la faveur de la pénombre. Ils se faufilent entre les bâtiments militaires et les porte-conteneurs qui mouillent dans la rade, après avoir dupé la vigilance des garde-côtes. Les lieux de déchargement sont tenus secrets jusqu’au dernier moment. Les transactions sont rapides, surveillées par des gangsters lourdement armés. La corruption des élites encouragerait ce commerce parallèle car les familles mafieuses investissent massivement dans le foncier, les médias, et rincent allègrement les fonds de campagne des partis politiques qui ferment les yeux sur leurs exactions. Un beau bordel, si vous voulez bien me croire.

Depuis que New-York est devenu la plaque tournante du commerce maritime international, les activités clandestines n’ont fait qu’augmenter. Aujourd’hui, Big Apple est l’épicentre de la contrebande mondiale. Il y a la drogue, bien sûr, et cela, depuis les années 30. Mais depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les activités se sont diversifiées. Les anciennes familles, qui avaient la mainmise sur les trafics originels ont été soit assassinées, soit destituées.

Ces nouveaux gangsters n’ont pas l’éthique de leurs aînés. Nouvelle époque, nouveaux codes. On marche joyeusement sur les plates-bandes de ses voisins, tant que cela peut rapporter gros. Nous vivons une période trouble. Il n’y a pas une semaine sans que nous retrouvions un corps démembré dans un vide-ordure des suburbs, ou un gorille, immergé dans un baril de béton frais, qui pourrit au large des docks les moins fréquentés de la zone portuaire. Difficile de dire qui est coupable quand tout le monde se tire dans les pattes aussi frénétiquement. Les alliés d’hier deviennent les ennemis de demain et les alliances s’envolent comme des châteaux de cartes, au gré des trahisons et des opportunités.

La bonne nouvelle, c’est que le bureau d’investigation fédérale a commencé à tiquer. Les règlements de compte en pleine rue, les fusillades dans les restaurants et les assassinats d’enfants n’ont pas bonne presse. Même les politiques les plus véreux ne peuvent empêcher l’opinion publique de s’en émouvoir. Des bons flics veulent depuis longtemps mettre un coup de pied dans cette fourmilière. Et Dieu sait si elle est vaste et diversifiée.

Depuis 1967, je suis agent-double pour le compte des renseignements supérieurs. Cela fait dix ans déjà. J’ai été missionné pour infiltrer la Casa Nostra, une branche de la mafia sicilienne implantée sur la côte Est depuis le début du siècle. Ils sont acoquinés avec la Corsica Connection. Cela fait des décennies qu’ils inondent les États-Unis avec de l’héroïne venue d’Indochine, de Turquie ou encore de Syrie. J’ai déjà pu visiter certains de leurs laboratoires clandestins à Marseille et à Naples. Chaque soir, je culpabilise de laisser des citoyens américains sombrer dans cette addiction délétère.

J’aurais pu tuer à maintes reprises certains des cadres les plus hauts placés dans la hiérarchie de la Casa Nostra, mais nous visons un objectif bien plus ambitieux : nous voulons démanteler l’intégralité du trafic mondial. Je n’ai pas sacrifié une décennie de mon existence et vendu mon âme au Diable pour laisser mes émotions venir tout gâcher.

Depuis les années 50, la Casa Nostra a entamé la diversification de son business. Avec l’exode des européens vers l’Eldorado américain, la demande en produits de luxe a explosé. Il est devenu aussi intéressant de refourguer des biens onéreux aux riches que de dealer de la poudre aux pauvres. Leur première initiative a été de tirer parti de leur savoir-faire national. Ils se sont mis à détourner les exportations des voitures de marque comme Ferrari ou Lamborghini. À côté de cela, ils se sont achetés une conscience en aidant les chasseurs d’œuvres d’art dérobées par les nazis. Ils en ont profité pour voler à leur tour une part des butins restitués aux autorités. Ce faisant, ils se sont spécialisés dans la duplication d’antiquités, inondant l’Europe et l’Amérique de fausses œuvres d’art. J’ai assisté à des enlèvements d’artistes peintres dont le seul péché était leur talent. J’ai vu comment ils les enfermaient pour les obliger à reproduire des tableaux qui seraient ensuite vendus au marché noir. Le temps que leurs clients fortunés se rendent compte de la duperie, les sociétés fantoches de vente aux enchères disparaissaient comme elles avaient été créées et les sommes perçues finissaient dans des paradis fiscaux, à l’abri de toute réclamation.

Mais les Italiens n’étaient pas seuls à vouloir conquérir ce nouveau marché si prospère. Ils avaient des adversaires coriaces et implacables.

Les plus proches de la mégalopole New-Yorkaise sont les Tres Sombreros, une famille de mafieux colombiens. Elle a des connexions d’Argentine jusqu’au Mexique. Elle s’était implantée dans le Sud-Ouest américain bien avant que les autres criminels ne jettent leur dévolu sur ce nouveau-monde. Ses fondateurs détournaient les chargements des mines aurifères du Pérou. Ils ont été les premiers à produire de la cocaïne en Amérique Latine, mais après l’embargo de 1962, ils ont conclu des accords avec le gouvernement de Fidel Castro pour avoir le monopole de l’exportation des cigares cubains. En parallèle, ils ont pactisé avec les Russes pour racheter des stocks énormes d’armes inusitées, entreposées en prévision du conflit américano-russe larvé qui avait entraîné l’épisode de la Guerre Froide. Ils se sont mis à les vendre à travers le globe, principalement en Amérique Latine et en Afrique.

Les Chinois viennent ensuite. Les Ti Pot Tong, une famille issue de l’arbre généalogique complexe et touffu que forment les triades. Ils seraient originaires de la région autonome de Macao. C’est d’ailleurs de là-bas qu’ils prennent tous leurs ordres. Cela sous-entend que ceux qui vivent sur le sol américain ne sont que des sous-fifres, mais ils n’en sont pas moins redoutables. Ils sont reconnaissables aux tatouages en forme de dragons qu’ils arborent fièrement sur les bras et sur le torse. Ils sont connus par les autorités pour la violence avec laquelle ils règlent leurs contentieux. Il est préférable de ne pas leur chercher de noises, à moins de vouloir se retrouver la tête tranchée par un dao.

En termes de business, les Chinois se sont spécialisés dans l’or et dans l’alcool de contrebande, plus précisément celui de riz, dont ils avaient déjà inondé tout l’Est de l’Asie avant de l’implanter sur le territoire américain. Nous savons que les triades bataillent pour le contrôle du trafic d’opium, mais étrangement, ils n’ont pas l’air de faire du marché américain leur priorité sur ce sujet.

Les Ti Pot Tong disposent d’une enclave à Macao. De là, ils contrôlent le marché noir, où se déroule la grande majorité des tractations clandestines. C’est un lieu d’échange effervescent, où on peut troquer une cargaison de bières frelatées contre un Van Gogh, dérobé par le régime Nazi, qui n’a jamais été réintégré dans un musée. Pour avoir eu l’occasion de m’y rendre une fois pour le compte de la Casa Nostra, je dois admettre que c’est l’un des endroits les plus époustouflants que j’ai pu voir au cours de ma carrière. Le gros de l’activité étant de nuit, déambuler sur ces quais éclairés de lampions pour conclure des accords secrets sur les bancs de jonques nimbées de mystère revête un aspect presque mystique.

Les Arabes sont les suivants. Ils sont connus sous le nom d’Al Kabash. On ne sait pas s’ils viennent du Yémen ou d’Arabie Saoudite, toujours est-il qu’ils sont proches de la plupart des magnats de l’industrie pétrolière arabe et qu’ils possèdent des fonds inépuisables. Ils ont étendu leur hégémonie sur tout le continent africain. Spécialisés dans les trafics d’uranium et de diamants, ils possèdent des milices dans de nombreux pays comme le Congo ou la Namibie, et on les sait en guérilla avec les industriels français au Niger, à qui ils volent régulièrement des cargaisons d’uranium.

Enfin, les Kali Pakora sont le cinquième maillon de ce pentacle du grand banditisme. Ils sont l’une des familles de malfrats les plus anciennes de la ville de Bombay. Ils se sont enrichis sur le commerce de l’ivoire, mais depuis la partition des Indes en 1947, ils jouent un double-jeu en soutenant financièrement les forces séparatistes pakistanaises. Cela leur a ouvert les portes de l’Asie Centrale et leur a permis de s’ingérer dans l’exploitation de l’uranium du sud kazakhe, qu’ils contestent à la mafia Russe. Le seul fait de savoir qu’ils sont capables de se mesurer aux soviétiques sans trembler est une preuve de leur détermination et de leur dangerosité.

Je navigue dans des eaux troubles infestées des prédateurs les plus fourbes et les plus cruels qui soient. Heureusement, la Casa Nostra n’a jamais pu douter de ma loyauté. Pour eux, j’ai intimidé, volé, assassiné. J’en aurais des crimes à confesser le jour du jugement dernier. Mais en attendant, je dois continuer à faire profil bas. Les choses se sont accélérées. La conclusion est proche. Dans une semaine, jour pour jour, les cinq représentants des familles mafieuses se réunissent dans un endroit tenu secret.

Vous voulez savoir comment je sais cela ? Et si je connais cet endroit ? Bien sûr que je le connais. Mais avant de vous le révéler, je dois vous expliquer comment nous en sommes arrivés là.

Le massacre de Macao

Croyez-le ou non, les premières générations de bandits, bien qu’étant capables des exactions les plus abjectes, avaient un sens de l’honneur et de la parole donnée bien plus élaboré que n’importe quel citoyen qualifié d’honnête.

Ces valeurs sont perdues depuis belle lurette, égarées entre la naissance du consumérisme de masse et l’avènement de nouvelles générations de malfrats aux dents longues. Entre les cinq grandes familles, cela n’a jamais été le grand amour, mais les accords tacites qui régissaient le business crapuleux avaient rarement été transgressés. Lorsque cela s’était produit, la peau des responsables avait été trouée en moins de temps qu’il ne faut pour le prononcer, leurs cadavres livrés par colis express aux personnes à qui ils avaient manqué de respect.

Le début des années 70 avait marqué la fin de cet apogée. Cela faisait déjà cinq ans que j’étais flic infiltré lorsque le fameux massacre de Macao était survenu. Le mur de la déontologie avait commencé à s’effriter quelques mois avant le drame, lorsque les Chinois et les Arabes s’étaient télescopés sur une livraison massive de marchandise de contrebande, dont plusieurs caisses d’or du Shandong, à Rotterdam. Les Chinois avaient réussi à sauvegarder leur cargaison mais ils avaient perdu deux des leurs durant l’escarmouche. Là où les Arabes avaient été malins, c’est qu’ils avaient utilisé des kalachnikovs Russes et avaient réussi à maquiller cela en ingérence indienne. Il était de notoriété publique que depuis le pacte du Quincy en 45, les armes des Arabes étaient fournies par l’Oncle Sam en personne. Cet écran de fumée avait suffi à les disculper aux yeux des triades.

En parallèle, les Chinois avaient rencardé les Colombiens sur un deal d’antiquités qui allait se tenir à Rio entre des trafiquants vénézuéliens et la Casa Nostra. L’échange incluait un lot de fusils de guerre ouzbeks. Tres Sombreros en avait pris ombrage : ils pensaient avoir le monopole sur les cargaisons d’armements qui sortaient du bloc soviétique. Mais les Colombiens avaient dû couper court à l’opération quand ils se s’étaient rendus compte qu’une milice indienne attaquait leurs positions autour du Canal de Panama pour tenter d’intercepter un convoi clandestin qui transportait des armes, mais surtout de l’uranium.

Les tensions s’étaient étalées au grand jour, mais il y avait aussi eu beaucoup d’éléments troubles dans les interactions entre les cinq familles. La paranoïa avait joué son rôle de sixième homme. Les Ti Pot Tong avaient fait de la mort de leurs deux hommes une affaire personnelle. Quelques jours après l’incartade, ils avaient pris à parti un cadre des Tres Sombreros de passage à Macao lors d’une soirée dans l’un des nombreux tripots clandestins du port. La fusillade avait fait neuf morts et quatorze blessés. L’ironie, c’est qu’aucun Colombien n’était mort, mais qu’un Italien avait reçu une balle en pleine tête. Il avait eu un entretien l’après-midi même avec les triades pour éclaircir les zones d’ombre des on-dits qui entouraient l’affaire de Rio et il en était ressorti sans grief. Bien sûr, il s’était fait entourlouper, mais sa naïveté n’avait engagé que lui, et si cela avait pu permettre d’éteindre les braises entre les triades et la Casa Nostra, nous nous en serions tous mieux portés. Son meurtre a marqué le début d’une guerre des clans qui a fait couler beaucoup de sang jusqu’à nos jours. La terreur régnait en maître, si bien que plus aucun asiatique, qu’il soit de Chine ou d’ailleurs, n’osait foutre les pieds sur Mulberry Street, par peur de se faire trouer la panse.

Panama Pepper

Après le massacre de Macao, dont seuls les Arabes étaient sortis immaculés, les familles s’étaient retranchées dans leurs fiefs New-Yorkais respectifs. Il avait semblé que nous traversions une accalmie. C’était, bien évidemment, une chimère.

Le parrain n’avait eu qu’une obsession : trouver les fils de chiens qui avaient assassiné l’un de leurs. Tout le monde était sur les dents. Entre Chinatown et Little Italy, on avait dénombré plus d’une quinzaine d’attaques à main armée en trois mois de temps.
Et puis, en Juin 72, l’affaire du Panama Pepper était survenue.

Les Indiens contestaient toujours le contrôle du Canal de Panama aux Colombiens. Ils avaient intercepté la fameuse cargaison qui contenait de l’uranium. On avait pensé qu’ils avaient fui dans la jungle panaméenne, mais en fait, ils avaient dissimulé la vedette dans une crique du Lac Gatun, au nez et à la barbe de leurs ennemis. Les Colombiens avaient négocié une entrevue avec les Indiens pour négocier le prix de la cargaison. La rencontre s’était faite en terrain neutre, dans un hôtel particulier de Berlin. Lors du repas, le représentant de la famille Kali Pakora aurait émis une critique sur la nourriture, pas assez poivrée, et il aurait fait un tel esclandre que, dans sa fureur, il aurait dépassé la limite du convenable en insultant implicitement le Padre des Tres Sombreros. Ce blasphème lui aurait coûté une balle en pleine bouche en guise de dessert.

Cette version avait été celle défendue par les Colombiens, mais les Indiens avaient évidemment hurlé à l’assassinat sauvage. Ce qui est troublant, c’est que, juste après cet incident, les Indiens avaient abandonné leurs positions à Panama, et les Colombiens avaient récupéré leur dû. Il y a fort à parier que l’émissaire aux goûts épicés soit effectivement tombé dans un guet-apens, et se soit fait extorquer la position de la cargaison. Mais après tout, peut-être s’est-il vraiment emporté et a-t-il commis ce parjure qui a signé son arrêt de mort ? Les gangsters sont des électrons libres, sanguins et imprévisibles. Même en les côtoyant au quotidien, il est parfois difficile de les cerner.

En attendant, le conflit entre les Tres Sombreros et les Kali Pakora avait fait les choux gras des Arabes, qui avaient entérinés plusieurs transactions de pierres précieuses juteuses et les avaient immédiatement investies dans de nouveaux cargos clandestins. Ils visaient la rentabilité à long terme et étaient sur la bonne voie. Mais la Casa Nostra avait aussi su tirer profit du marché noir pour étoffer sa collection d’antiquités. Des investisseurs américains leur avaient permis de s’équiper de nouveaux bateaux ainsi que d’un entrepôt de stockage de l’autre côté d’Hudson River. Ils étaient toujours en course pour gagner le monopole des transactions clandestines à l’échelle de la Grosse Pomme.

Accalmie

La fin 72 avait été relativement calme. Les conflits de début d’année avaient laissé la plupart des familles exsangues. Il allait falloir laisser passer un peu de temps pour que chacun puisse se refaire convenablement. Les triades n’avaient aucun intérêt à continuer d’assouvir leur vengeance car une grande partie de leurs revenus découlaient de l’exploitation du marché noir à Macao. Trop de grabuge nuit au business, et le business passe avant les egos.

Chacun avait repris ses magouilles, tâchant de s’ignorer sur le sol américain autant que faire se peut. Cependant, les rancunes n’étaient pas oubliées. Elles allaient se régler en temps voulu, après la reconstruction et à la consolidation de ses positions.

Les Indiens avaient repris leur mainmise sur la route de la soie et continué de détourner des convois en provenance des gisements d’uranium kazakh, malgré une vigilance accrue du côté soviétique. Les Chinois ne se s’étaient pas aventuré plus loin que Hong-Kong et les Colombiens avaient conclu le cas Panama en revendant une grosse quantité d’armes sur le marché parallèle. Du côté de la Casa Nostra, la corruption et le racket avaient repris sur toute la côte Est. Mais les familles l’avaient su pertinemment, les embrouilles allaient reprendre au moment le moins opportun. Cela n’avait pas tardé.

En décembre, les Italiens avaient été doublé par les Arabes sur une livraison d’antiquités et de pierres précieuses dans le port de Rio. Après avoir torturé ses informateurs brésiliens, la Casa Nostra avait appris de leur bouche comment les Al Kabash avaient comploté contre les Chinois et comment ils avaient accusé les Colombiens. Aussitôt qu’il fût clair que la responsabilité de la fusillade de Macao incombait aux Arabes, le Parrain avait déclaré qu’il fallait impérativement laver cet affront, pour l’honneur, mais aussi la crédibilité.

Un gangster est aussi sensible qu’une pucelle lorsqu’on touche à sa dignité. Peu importe s’il a lui-même volé des dizaines de vies innocentes : le pire des blasphèmes, c’est de s’attaquer à un membre de sa famille.

Si tu vas à Rio

L’année 73 n’avait pas débuté sous les meilleurs auspices pour la Casa Nostra. Les Arabes avaient été de plus en plus conquérants dans les villes portuaires du bassin méditerranéen. Il s’était murmuré qu’ils ambitionnaient de se positionner sur le marché des antiquités. Ils avaient pu acquérir quelques lots prestigieux lors de précédents deals et n’avaient plus caché leurs velléités de concurrencer les Italiens. Cela n’avait pas aidé à atténuer la fureur du parrain. En Turquie comme au Maghreb, plusieurs expéditions punitives avaient été menées. Les relations entre les deux familles avaient été tout aussi tendues à New-York, où cabales et assassinats s’étaient multipliés.

Tout l’hiver, le Parrain avait fait des appels du pied aux Kali Pakora et aux Ti Pot Tong pour qu’une entrevue ait lieu à Macao et que le malentendu de Rotterdam fût dissipé. Cela lui avait coûté des voitures de sport – et pas des contrefaçons – adressées directement aux responsables des deux familles, pour prouver sa bonne foi. Finalement, la date de cette réunion secrète avait été fixée au début du printemps.

La Casa Nostra avait tout balancé, discréditant complètement les Al Kabash et leurs entourloupes. L’objectif avait été double : faire s’envenimer les conflits entre ses concurrents et continuer à se développer sereinement sans interférences. Bien entendu, un mafieux ne serait pas un mafieux s’il ne conservait pas une part de malhonnêteté en toute circonstance. Après le départ de la délégation chinoise, Italiens et Indiens étaient parvenus à une entente sur de prochains deals. Les Italiens laisseraient aux Kali Pakora le monopole sur la prochaine cargaison de contrebande qui débarquerait a Rio. En échange, les Indiens laisseraient la Casa Nostra boucler le deal d’un butin, mélange de voitures et de joyaux rares, qui accosterait à Bombay sous quinzaine. Avoir l’assentiment des Kali Pakora pour agir impunément en terre indienne avait été un geste fort, et on avait cru que les deux camps pourraient se réconcilier de manière pérenne. Mais dans le monde des gangsters, rien ne se passe comme prévu. Il y en a toujours un qui veut doubler l’autre.

Cette fois, en l’occurrence, la Casa Nostra avait pâti d’un mauvais concours de circonstances. La livraison de Rio contenait de l’or et de l’alcool, et elle avait été depuis longtemps dans la ligne de mire des Chinois. Étant donné qu’ils avaient été laissés de côté lors des tractations entre Indiens et Italiens, ils avaient été à mille lieux de se douter qu’ils tomberaient sur un contingent hindou durant un deal dont ils pensaient avoir l’exclusivité. Évidemment, les Kali Pakora ne s’étaient pas laissés doubler sans sortir les crocs, et cela avait fini en course poursuite en vedette et en fusillade nocturne sous les yeux du Pão de Açúcar.

Lorsque la débâcle était remontée jusqu’à New-York, les responsables Indiens avaient eu du mal à digérer cet affront, dont ils avaient décerné la responsabilité aux dirigeants Italiens. Malheureusement pour la Casa Nostra, la cargaison de voitures qu’ils avaient espéré rafler avait fait escale aux Maldives à cause d’une avarie. Elle avait été décalée assez longtemps pour que les Indiens se vengeassent en balançant le tuyau aux Arabes. Y voyant une opportunité en or de nuire aux Italiens, les Al Kabash s’étaient immédiatement payés les services de pirates Somaliens pour aborder le cargo en mer d’Arabie, à des centaines de miles nautiques de sa destination.

À la fin 73, les tensions n’avaient jamais été autant exacerbées. Les Italiens et les Arabes étaient en croisade les uns contre les autres. Le cessez-le-feu entre Indiens et Colombiens n’avait été respecté que pour des raisons économiques, mais il pouvait être abrogé à tout instant. Les Chinois cultivaient leurs rancunes contre toutes les familles majeures. Le marché noir était devenu une poudrière que la moindre étincelle pouvait faire exploser. Bien évidemment, personne n’était prêt à mettre de l’eau dans son vin.

Un conflit global

Les Colombiens s’étaient faits discrets depuis leur victoire à Panama. Certains avaient argué que des dissensions étaient nées au sein de la famille et qu’une lutte intestine avait fait rage. Jamais dans l’histoire des Tres Sombreros un dirigeant n’avait été contesté dans une de leurs enclaves historiques d’Amérique Centrale. Cette perte de crédibilité aurait fragilisé le pouvoir du Padre en place. Sauf que tout cela avait été une farce orchestrée de toute pièce par les Colombiens pour endormir la méfiance des autres familles. Elle avait plutôt bien fonctionné.

Les échauffourées à Bombay et à Rio avaient vu les Arabes et les Chinois emporter le butin. Sauf que le grabuge n’était pas passé inaperçu : les autorités locales avaient alerté Interpol, qui avait commencé à fouiller la merde. Les perquisitions sauvages et les arrestations d’indicateurs locaux s’étaient multipliées. Les belligérants avaient dû faire le dos rond pendant un temps. La marchandise qu’ils avaient acquise de haute lutte avait dû être dissimulée pour ne pas créer de vague. Cela avait mis un coup d’arrêt à plusieurs transactions majeurs qu’ils étaient en train de négocier.

Après la déroute des Indes, les Italiens avaient revu leur stratégie. Ils avaient basculé leurs efforts sur le marché noir et avaient bâti un plan de relance à long terme qui devait les amener au sommet de la pyramide hiérarchique mafieuse. Ils avaient acheté de nouveaux entrepôts à New-York et s’étaient concentrés sur ce qu’ils savaient faire de mieux : arnaquer les clients avec des voitures de luxe volées. Mais à cause de problèmes de gestion comptable dans certaines de leurs concessions, le fisc leur était tombé dessus et avait réussi à immobiliser une grosse partie de leurs capitaux le temps d’un contrôle qui avait duré plusieurs mois. La Casa Nostra s’en était sortie indemne, notamment grâce au kidnapping opportun de la fille aînée du commissaire au compte en charge du dossier, mais elle avait dû remettre ses projets d’expansion à plus tard et se contenter de transactions mineures pendant quelques temps.

De leur côté, les Indiens avaient pâti de la pénurie de l’ivoire asiatique et de leur outrecuidance vis-à-vis de l’Union Soviétique. Ils avaient dû concentrer leurs actions loin des yeux de la Russie, le temps que Moscou remplisse ses réserves d’uranium et soit à nouveau moins vigilante sur le pillage des mines kazakhs. Ils avaient réussi à soudoyer un armateur birman pour se faire livrer une cargaison d’armes, de vases de Chine et d’une petite quantité d’ivoire thaïlandais à Rotterdam. Ils avaient pensé l’affaire pliée prestement, mais cela avait été sans compter sur le réveil des Colombiens.

En août 73, Les Tres Sombreros avaient frappé conjointement à Rotterdam et à New-York, s’attaquant simultanément aux Indiens et aux Chinois. En représailles, les Indiens avaient joué la provoc, remettant de nouveau les pieds à Panama. Mais dans la précipitation, ils avaient négligé de se renseigner sur les agissements de leurs adversaires. Aussi avaient-ils débarqué en pleine opération Arabe sur une cargaison d’uranium Canadien.

L’occasion de se venger de la farce de Rotterdam avait été trop belle. Les Indiens s’étaient ingérés sans complexe dans le business des Al Kabash, provoquant des remous jusqu’à Riyad. En parallèle, les Italiens et les Indiens avaient eu vent d’un crash aérien au large de Cape Town. Ils s’étaient chamaillé un butin dont ils avaient ignoré jusqu’à la composition. Ils avaient simplement su qu’il provenait de Birmanie. Les uns avaient pensé pouvoir revendre la mise sur le marché de l’Antiquité, les autres, obsédés par le prix de l’ivoire en constante hausse sur les marchés financiers, avaient espéré piller un trésor de braconniers.

En 75, la nouvelle avait été officielle : tout le monde était en guerre contre tout le monde. Le marché de la contrebande était devenu trop petit. Chaque livraison, chaque cargaison étaient contestées. Il faut redoubler d’ingéniosité et de vice pour se démarquer quand la concurrence est de plus en plus remontée et de plus en plus agressive. Et pour dominer le monde, il faut dominer New-York. C’est quand ils ont tous compris cela que les affaires sérieuses ont débuté.

I wanna be a part of it

À partir du moment où la capitale américaine fût dans la ligne de mire des cinq puissances majeures, l’atmosphère changea. Même les petites crapules qui dealaient de la dope dans les quartiers mal famés avaient senti que quelque chose de grave se tramait. Encore plus que d’habitude, il avait fallu se méfier de tout le monde, amis comme ennemis.

La stratégie des familles était devenue plus élaborée, et même si des affrontements physiques avaient eu lieu, principalement dans les rues de New-York, mais aussi à Panama, où Indiens et Arabes avaient continué de se disputer le transit de l’uranium canadien, elles avaient davantage eu recours au civil pour faire pencher la balance en leur faveur.

Les Chinois avaient été les premiers à lancer les hostilités. Ils avaient blanchi l’argent de l’or et de la vente d’alcool dans des entreprises d’espionnage qui, au magazine officiel, avaient été qualifiés de sociétés journalistiques. En réalité, il s’était agi de paparazzis à la solde des triades, payés grassement pour discréditer publiquement les responsables des autres familles. Le Parrain en avait fait les frais quand un article de la presse à scandale Hongkongaise avait publié des photos de son neveu dans un bordel clandestin en train de tarifer les prestations sexuelles d’une prostituée mineure issue d’un réseau de proxénétisme bangladais. Le tourbillon médiatique qui s’était ensuivi avait fait chuter la valeur boursière des actions de la Casa Nostra. Elle avait perdu plusieurs millions de dollars. Résultat : le marché noir avait été submergé d’antiquités volées qui ne trouvaient plus acquéreurs. La valeur marchande des stocks de contrebande italienne avait également baissé lamentablement.

La Casa Nostra avait perdu sur les deux tableaux, tout cela à cause d’un damné cliché pris à la sauvette. Paradoxalement, ce qui avait le plus contrarié le Parrain n’avait pas été ses pertes financières mais la honte qui avait inévitablement rejailli sur son arbre généalogique tout entier. Les Chinois avaient frappé là où cela faisait le plus mal.

Pendant ce temps, les Arabes avaient vu leur hégémonie contestée à Panama par des Indiens qui avaient décidé de ne pas lâcher le morceau tant qu’ils n’auraient pas refermé la cicatrice de 73 à Rotterdam. En parallèle, malgré leurs déboires médiatiques, les Italiens ne s’étaient pas noyés dans l’attentisme et les larmoiements. Ils avaient réussi à apprendre où avait été entreposée la marchandise qu’ils s’étaient faite voler à Bombay l’année passée par les Al Kabash et étaient passé par l’administration pour tenter de faire saisir la marchandise. Ils s’étaient douté que personne ne serait venu la réclamer et avaient espéré la racheter pour une bouchée de pain lorsque les douanes l’auraient mise aux enchères.

Se sentant acculés, les Arabes avaient fait un mouvement que beaucoup avaient perçu comme une entorse à la déontologie mafieuse : ils s’étaient rapprochés d’hommes politiques véreux, chez les conservateurs autant que chez les démocrates. Ils leur avaient versé des mallettes entières de pierres précieuses pour acheter leur duplicité. Ils avaient ambitionné faire passer des lois prohibitives ciblant les business de leurs ennemies tout en légiférant pour adoucir les taxes sur les joyaux et sur l’uranium, afin de faire doucement passer leurs propres business dans la case de la légalité. Par ce biais, ils avaient espéré s’assurer des jours tranquilles à l’abri des regards d’Interpol. Leur entrain avait été maté par l’assassinat du cadre en charge des opérations sur le canal de Panama.

En parallèle, les autorités indiennes avaient finalement convaincu les douanes de saisir les cargaisons arrachées aux Italiens. Bien sûr, la Casa Nostra avait fait en sorte que cela ne soit pas perdu pour tout le monde, et lorsque la marchandise avait quitté le pays à bord d’un cargo marocain, qui avait appartenu à un armateur sicilien, les liens de connivence entre les douaniers en charge du dossier et les Italiens n’avaient pas été difficile à établir.

Al Kabash aux commandes

Fin 75, les Al Kabash s’étaient retirés du devant de la scène. Les derniers mois de l’année avaient été dominés par les frictions entre Chinois et Colombiens. Les paparazzades des Ti Pot Tong leur étaient retombées dessus. Ils avaient osé publier des clichés d’une des filles du Padre en topless sur une plage de Punta Cana. Cela n’avait pas plu au numéro un des Tres Sombreros. Il avait mis toutes ses ressources disponibles sur la piste des Chinois. Que ce fût à New-York ou dans le reste du globe, il avait décidé d’être une épine dans la botte de leurs tractations secrètes.

Les Colombiens avaient interféré à Rotterdam, à Hong-Kong, et bien sûr à New-York. A chaque fois, ils s’étaient pointés lourdement armés et avaient tiré dans le tas sans somations. Ils avaient dérobé une cargaison d’or à leurs ennemis, mais les Chinois avaient résisté et conservé leur avantage sur le sol américain.

En parallèle, les Italiens avaient accéléré les échanges sur le marché noir et avaient stocké des antiquités en prévision d’un gros deal avec des investisseurs africains.

Quant aux Indiens, avec le canal de Panama sous leur égide, ils avaient eu le monopole sur presque toute la contrebande d’uranium. Ils pensaient que cela durerait, mais cela avait été sans compter sur la rancœur malveillante des Al Kabash.

Les arabes avaient attendu le passage du nouvel an chinois 76 pour refaire parler d’eux. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’y étaient pas allés avec le dos de la cuillère.

On avait pensé que leurs manœuvres politicardes n’avaient rien donné. C’était se méprendre. Ils n’avaient certes pas réussi à influencer le Congrès, mais les portes de la malversation financière s’étaient ouvertes à eux. Ils avaient fait fructifier leurs capitaux comme jamais à l’aide des mêmes comptables véreux qui falsifiaient les comptes de campagne de leurs amis politiques. Lorsqu’ils avaient remis les pieds dans les trafics, ils s’en étaient donnés les moyens.

Dans le milieu, on avait appelé cela le printemps Arabe. De Mars à Juin 76, les Al Kabash avaient frappé partout. D’abord à Tanger, liquidant les familles des membres d’équipage du cargo qui avait été affrété à Bombay par les Italiens. Puis à Hong-Kong, s’immisçant dans le conflit chino-colombien en portant leur dévolu sur une cargaison d’armes et d’alcool briguée par les Tres Sombreros. Ils avaient achevé de déterrer la hache de guerre en frappant simultanément à Rotterdam et à Rio sur des deals que se disputaient les Colombiens et la famille Ti Pot Tong. La planète entière avait été à feu et à sang, et les Al Kabash avaient paru intouchables, retranchés dans des manoirs fortifiés des Hamptons, aux commandes d’une purge destinée à rayer de la carte toute concurrence.

Il Gran Finale

Les Italiens avaient mis un point d’exclamation à des chamailleries qui avaient duré cinq longues années. Alors que les Al Kabash dominaient le marché noir et imposaient des commissions sur toutes les transactions, les autres familles avaient tenté de se diversifier pour survivre.

Les Colombiens avaient racheté la moitié des tripots clandestins d’Amérique Latine et ils avaient monté une société de tour operator qui proposait des croisières en yacht dans les Caraïbes.

Les Indiens avaient investi dans le showbiz, principalement le cinéma Bollywoodien, et avaient cessé toute activité illégale impliquant de l’uranium Russe. On n’avait jamais su s’ils s’étaient faits rattraper par la patrouille ou si cela avait été dû à une ingérence Arabe, mais la finalité avait été identique.

Les Chinois s’étaient repliés à Macao pour récupérer les miettes que les Arabes avaient bien voulu leur laisser sur leur propre territoire. Ils n’avaient plus eu ni les fonds ni la crédibilité pour faire cesser cette infamie, et les responsables du fiasco New-Yorkais avaient déjà fort à faire auprès des triades pour sauver leur propre peau.

En réalité, seuls les Italiens n’avaient pas abdiqué. La cargaison de Bombay leur avait rapporté gros. Ils avaient tout investi dans une milice de mercenaires : des retraités de la légion étrangère qui avaient sévi des années dans les groupes séparatistes de tous les pays du globe où la Révolution avait grondé. On n’avait jamais vraiment su, même au sein de la Casa Nostra, comment le Parrain avait séduit ces soldats nomades qui se vendaient au plus offrant et ne restaient jamais longtemps sous l’égide d’un même employeur, mais il paraîtrait que les charmes de sa fille cadette, prostituée pour l’occasion, auraient brisé le cœur de pierre d’un des leaders de l’escouade.

Son contingent de la mort formé, le Parrain avait manigancé pour organiser une rencontre dans les eaux internationales, à bord d’un yacht luxueux, afin de, je le cite : « Faire cesser les différents entre les familles et rétablir l’équité d’un business qui avait été profitable à tous pendant plus de quarante ans, mais que la violence avait rattrapé et dévoyé« .

Les Arabes avaient été les plus durs à convaincre, mais la Casa Nostra avait réussi à faire répandre la rumeur que le Parrain était prêt à céder le business des antiquités pour ne plus être chatouillé sur celui des voitures de luxe. Ils n’avaient pu laisser aux autres familles cette opportunité inédite.

Le problème quand on gagne gros, c’est qu’on en veut toujours plus et qu’il devient difficile d’être satisfait par quoi que ce soit. Les Arabes sont tombés par orgueil, comme beaucoup de despotes et de malfrats avant eux.

Maintenant, vous savez tout, ou presque. Le seul accroc dans le clan du Parrain, c’est qu’il avait donné sa confiance à un gars de l’autre bord. Ce gars, ça a été moi.

Cela n’a pas été facile d’obtenir une accréditation de l’ONU permettant d’intervenir dans des eaux neutres, mais plusieurs agents-double avaient fait des rapports identiques à celui que j’ai transmis à mes supérieurs, si bien que le récit de cette assemblée extraordinaire est devenu incontestable. Quand même les Russes et les Américains sont arrivés à un consensus en pleine guerre Froide, tous les États ont donné leur assentiment.

Nous avons laissé les Italiens prélever leur dîme macabre, puis des marines ont investi le yacht et ont exécutés les survivants, jetant le corps du Parrain au fond de l’océan Atlantique avec toute sa suite.

Il ne faut pas se leurrer. Il y aura encore des cargos noirs qui arpenteront les océans. Nous avons coupé la tige, mais la racine du mal est profonde. Elle ne sera jamais extraite de terre.

Pour ma part, je dois dire que je suis apaisé. La destitution du Parrain aura marqué l’apogée d’une carrière dont je ne pourrais jamais être fière, mais qui aura rempli son rôle sur le complexe échiquier où s’affrontent police internationale et grand banditisme. Désormais, ma vieille carcasse est grillée dans tous les endroits où la Casa Nostra a des yeux et des oreilles, mais on m’a promis une retraite dorée aux frais de l’Oncle Sam. J’ai déjà acheté une maison dans le Montana, sauf que je ne l’ai encore jamais visitée. Il paraît que les paysages sont magnifiques. Et puis j’ai toujours voulu apprendre à pêcher. Mais cette fois, je me contenterai du menu fretin. J’en ai vu assez, des squales aux dents aiguisées.

Publié par The Lonesome Meeple

Féru de jeux de société et d'écriture, j'ai décidé de mixer ces deux passions en vous partageant des nouvelles ou de courts récits mettant en scène des parties de jeux de société.

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