[Histoire de Meeples #5] Smallworld Underground

I. L’avènement des Grands Anciens

Au commencement, Smallworld était un monde stérile, couvert de mares de boue infertile et de cristaux magiques dont les radiations radioactives rendaient toute forme de vie impossible.

On ne sait pas pourquoi ni comment mais, voilà des millions d’années, une race extraterrestre, les Grands Anciens, débarqua à Smallworld. Il semblerait qu’ils puisaient leur énergie vitale directement des champs de cristaux magiques, tout en étant immunisés à leur toxicité mortifère. Ils commencèrent par faire pousser d’immenses champignonnières à travers le monde afin de se nourrir. Puis, ils érigèrent les montagnes noires et y bâtirent des habitations troglodytiques. La moitié des cavernes leur servait de résidence tandis que l’autre moitié fût exploitée par des mines souterraines. On pense que les Grands Anciens épuisèrent si rapidement les radiations des cristaux magiques en surface qu’ils eurent besoin de creuser les sous-sols pour en emmagasiner davantage.

On ne sait rien des mœurs des Grands Anciens, si ce n’est qu’il s’agissait d’entités amalgameuses : elles voyageaient de planète en planète, pillaient toutes les ressources nécessaires à leur subsistance, puis disparaissaient comme elles étaient venues. Leur passage pouvait être bénéfique comme laisser des séquelles irréparables. Dans le cas de Smallworld, leur venue y insuffla la vie. Ils absorbèrent entièrement la radioactivité des cristaux magiques, laissant les micro-organismes qui proliféraient au sein des mares de boue le temps de se développer sans être systématiquement irradiés.

Les Grands Anciens ont mené une existence paisible et ont occupé le pays des siècles durant. On ne sait pas ce qui a provoqué leur déclin, mais on suppose qu’à force de creuser les mines toujours plus profondément, ils ont réveillé un mal millénaire sous la forme d’un bestiaire de créatures mythologiques surpuissantes. La guerre qui s’ensuivit les aurait totalement anéantis. L’emplacement actuel des gouffres sans fond aurait été à leur époque celui de montagnes noires qui ont été détruites durant le conflit entre les monstres et les Grands Anciens. C’est aussi durant cette guerre que la faille entre l’est et l’ouest de Smallworld se serait formée, due à l’éruption de volcans aujourd’hui éteints : Lava et Salamandra. Elle aurait été un gigantesque fleuve de lave en fusion avant de devenir un cours d’eau puissant des siècles plus tard.

Les zones ouest et est n’avaient pas, à l’époque, de distinction nominative. Aujourd’hui, on se réfère à elles sous les noms de La Crypte à l’est et Les Catacombes à l’ouest.

L’extinction des Grands Anciens laissa la place à un règne de violence entre des dragons cracheurs de feu, des cerbères carnassiers, des mégalodons fangeux… L’animosité des monstres était sans limite, ce qui causa leur perte. Après des décennies de luttes intestines, ils s’exterminèrent entre eux. Les peuplades victorieuses, exsangues, trouvèrent refuge dans des régions distinctes. La faune et la flore purent se régénérer au cours de cette brève accalmie.

II. Carte de Smallworld

III. De l’An 0 à l’An 100 : les premiers nés

L’histoire contemporaine de Smallworld commença avec l’apparition de la race des Cultistes. Ils étaient menés par une entité à tête de poulpe qu’ils appelaient Grand Ancien. S’il s’agissait d’une divinité guerrière à la puissance incommensurable, elle était bien loin d’égaler celle de ses homonymes disparus.

Leur conquête débuta dans la Crypte par la zone nord de la mare de boue appelée Le Labyrinthe. Ils possédaient une affinité particulière avec les champignons, qu’ils utilisaient à la fois comme nourriture, ingrédient à potion et matériau défensif. On a retrouvé des fossiles de boucliers champignonneux dans les régions d’Entoloma et de Gyromitra où ils établirent des colonies de peuplement vers l’an 9. Ce sont eux qui exterminèrent les grizzlis-ogres de la région de Gyromitra vers l’an 20 et qui la rendirent habitable pour les générations futures. En 21, ils y découvrirent également la crypte de la callipyge, une entité spectrale protectrice qui accompagna leur essor. On ne saurait dire si c’est la magie de leur Grand Ancien qui permit cette trouvaille salutaire. Toujours est-il que ces deux divinités qu’ils côtoyaient assurèrent leur développement.

En parallèle, la première race à peupler les Catacombes fut celle des Gnomes. Les Gnomes étaient une peuplade technologiquement avancée, qui maîtrisait déjà la mécanique telle que nous la connaissons aujourd’hui. Ils chevauchaient des engins à moteur munis de foreuses automatisées, qui extrayait les minerais dont ils se nourrissaient.

Possédant une affinité pour les régions montagnardes, c’est tout naturellement qu’ils apparurent vers l’an 30 aux abords des monts brûlants. A partir de là, ils se propagèrent au sud, colonisant la large champignonnière d’Amanita dès l’an 45, puis les monts fumants, une dizaine d’années plus tard. Les Gnomes étaient une race repliée sur elle-même, peu encline à se mélanger ou à communiquer avec d’autres races, si bien qu’on possède peu d’éléments anthropologiques à leur sujet.

Vers l’an 60, une race atypique apparut à Smallworld : les Feux Follets. On suppose que ces exhalaisons gazeuses ont pu exister grâce aux champs de cristaux magiques dont elles tirent leur vivacité.

Les Feux Follets colonisèrent le monde d’une façon singulière. Ils apparurent dans la mine de Meiji, fondant leurs premières colonies dans ses tunnels gorgés de cristaux magiques. Peuple des profondeurs, ils construisirent, vingt années durant, un dédale labyrinthique sous les champs de cristaux magiques de Malachite et, jusque sous les mines de Coatl. On a même retrouvé des traces de leur présence datant de l’an 90 au sud des mines d’Hydra, ce qui peut signifier deux choses : soit leurs galeries souterraines s’étendaient dans toute la partie méridionale du continent, soit la légende qui indique que les feux follets, en exterminant les colosses métalliques établis à l’est de Malachite, ont trouvé le paillasson volant, une relique ancestrale, est fondée et ils s’en sont servis pour se déplacer et coloniser Hydra. Sachant qu’à ce jour, aucune trace archéologique du paillasson volant n’a été trouvée, et que son existence a simplement été relatée dans les fables orales de l’ancien temps, aucun spécialiste ne donne de crédit a cette théorie rocambolesque.

IV. L’An 100 à l’An 200 : Premières interactions entre les peuples

Au cours de ce siècle, les Cultistes étendirent leur influence sur les Monts Ardents en réhabilitant les maisons troglodytes des Grands Anciens. Aux alentours de l’année 117, Les gnomes traversèrent le fleuve, à l’aide de bateaux à aube issus de leur arsenal. En 132, ils s’emparèrent de la citadelle de Nécropolis, après un siège de trois ans pour y déloger les derniers descendants des minotaures qui avaient combattus les Grands Anciens. En 177, les Feux Follets s’emparèrent de la partie nord des mines d’Hydra en y chassant les hydres cendrées qui y prospéraient. Au plus profond des mines, ils activèrent les Portes du Pouvoir, artefact millénaire aujourd’hui éteint, dont la légende argue qu’il était une passerelle entre le passé, le présent et le futur. Cela explique peut-être les traces de présence des Feux Follets dans les mines de Dragonis, au nord des Catacombes, dès les années 190. Ou alors est-ce encore la résultante de leur possession de ce paillasson volant dont nous nions l’existence.

Ce siècle pacifique marqua le début des échanges commerciaux entre les races, notamment avec les Gnomes qui, sous le règne de leur roi Ilom Le Minuscule (124-155), firent de Nécropolis leur capitale administrative et commerciale. Ils vendaient leurs outils aux Cultistes et aux Feux Follets, qui étaient loin de posséder un tel savoir-faire. L’expansion de la technologie gnome explique peut-être le succès des Cultistes dans la conquête des Monts Ardents, eux qui se cantonnaient jusqu’alors à la moiteur sécurisante des champignonnières qu’ils avaient peuplées un siècle plus tôt.

V. L’An 200 à l’An 300 : La fièvre de l’or

Alors que la construction de Smallworld était marquée du sceau de la paix depuis deux siècles, ce troisième siècle d’évolution fut une période noire, entachée par une maladie jusqu’alors inconnue : la fièvre de l’or.

On ne sait pas exactement en quelle année le premier malade se déclara. Mais dès 204, les Gnomes changèrent totalement leur comportement. Comme à leurs origines, ils se renfermèrent sur eux-mêmes. Les halls de Nécropolis résonnaient du son de la foreuse et de la perceuse, tandis qu’ils creusaient toujours plus profond, dénichant des filons de cristaux magiques, mais aussi d’or et de diamant. C’est ainsi que, poussé par leur avidité, ils développèrent la fièvre de l’or.

D’abord matérialisée par des symptômes bénins, comme des maux de tête ou des troubles du sommeil, elle se transforma vite en affliction psychique gravissime. Elle poussa les Gnomes à thésauriser toujours plus. Mais surtout, elle transposa leur savoir-faire, mis jusqu’à présent au service de l’industrie mécanique, en une industrie militaire à grand rendement qui créa des armes de guerre aussi perfectionnés que dangereuses. Usant de cet arsenal martial inédit, ils entamèrent la conquête d’Hydra en 222. Pourtant densément peuplée et défendue, la mine céda lors de la bataille des ponts de Lerne en 223, durant laquelle la souveraine gnome, Nanom l’architrollesse (186-255), qui avait mariée un troll vénéneux d’Amonita, utilisa ses chaussettes puantes pour intoxiquer les réserves de vivres des feux follets et annihiler leur résistance. Les représailles des feux follets furent dévastatrices. En 225, la mine de Dragonis déversa une force armée qui marcha vers les Monts Brûlants en traversant la région d’Heliodore. Devant cette manœuvre, Nanom expédia le gros de ses troupes au nord des Catacombes. Mais cela n’avait été qu’une diversion. Au printemps 227, Nécropolis tombait aux mains des feux follets sans résistance. Ils étaient à présent maîtres de toute la partie méridionale de la Crypte, et leur soif de vengeance était infinie.

Les Cultistes furent neutres dans le conflit qui opposa Gnomes et Feux Follets. Consolidant leurs défenses à l’aide de rituels puissants, ils se replièrent dans leurs bastions de Gyromitra, ainsi que dans la partie nord du Labyrinthe. Le Grand Ancien disparut, le spectre de la callipyge erra dans les tunnels des Monts Ardents et fut perdue de vue, elle qui était une entité vouée à la défense, non à l’attaque.

VI. L’An 300 à l’An 400 : Champigneux et déclin des Gnomes

Les Cultistes déclinants, les Gnomes et les Feux Follets embourbés dans leurs querelles, le quatrième siècle était propice à l’apparition d’une nouvelle espèce. C’est exactement ce qui se produisit. Dès l’an 300, les rumeurs de l’apparition d’une nouvelle race de créatures-champignons, les Champigneux, apparaissaient dans les écrits Gnomes et les archives des scribes Cultistes. Certains affirment que les Champigneux seraient liés au Grand Ancien disparu au siècle dernier. L’affinité de la race des Cultistes avec les champignons est avérée, et les Champigneux auraient été créé pour contrer les velléités de conquête des Gnomes. Si tout ceci reste de la spéculation d’historien, toujours est-il que les Champigneux, après avoir proliféré à Dolomite puis au Pic, s’emparèrent des territoires gnomes d’Amanita. Nul doute que ce peuple ne pouvait se contenter de vivre au milieu des cristaux magiques ou dans des mares de boue, et qu’il avait besoin des champignonnières pour se développer. Leur animosité rapide envers les Gnomes soutiendrait la thèse d’une affiliation avec les Cultistes, mais ceci était plus probablement un concours de circonstances. Amanita étant la champignonnière la plus étendue du continent, les Gnomes devaient probablement être au mauvais endroit au mauvais moment : celui de l’expansion inexorable d’une race jeune face à une race affaiblie par les guerres et sur le déclin. D’ailleurs, peu après la perte d’Amanita dans les années 340, les Gnomes furent tout simplement rayés de la carte. Ils disparurent des Catacombes aussi vite qu’ils les avaient conquises, laissant derrière eux un héritage de technologie avant-gardiste et un armement destructeur que les autres peuples ne savaient manier et qui sombra dans la déliquescence et l’oubli. On suppose que, suite à une erreur de jugement, les Gnomes activèrent les Portes du Pouvoir à Hydra et furent happés dans une dimension parallèle. Leur disparition permit aux Feux Follets de reconquérir le nord d’Hydra vers la fin du siècle. Traumatisés par une guerre de plus de cent ans, qui leur avait coûté une bonne partie de leurs ressources martiales et pécuniaires, les Feux Follets n’étaient plus que l’ombre de leur gloire passée. Ils subsistaient uniquement grâce à leur affinité extraordinaire avec les cristaux magiques, d’où ils tiraient leur longévité. Leur race avait vu le jour dans les mines de Meijin plus de trois cent ans auparavant et, si son déclin était proche et inéluctable tant elle avait souffert de la guerre contre les gnomes, son influence sur le monde de Smallworld et son héritage culturel est encore vivace de nos jours.

VII. L’An 400 à l’An 500 : L’apparition des Mimics

Le cinquième siècle vit la race des Champigneux étendre son influence sur les Catacombes. De quatre, elle passa à sept régions sous son contrôle, évitant scrupuleusement toute interaction avec le peuple des Feux Follets, qui occupait encore le nord d’Hydra. Les deux peuples cohabitèrent dans les mines jusqu’en 444, année qui marqua la disparition des Feux Follets de Smallworld. Ils fanèrent du jour au lendemain, comme la pénombre face à un rayon de soleil, laissant vide tout le sud de la Crypte ainsi que les régions de Dragonis et d’Heliodore. Leur héritage fût précieux pour les civilisations qui suivirent, notamment toute la documentation qu’ils laissèrent à propos des mines et de leur exploitation. Si on arrive encore aujourd’hui à extraire des cristaux magiques, c’est grâce à l’expertise des Feux Follets. Ils nous ont appris la manière dont il fallait prendre soin de cette matière, dont les courants de magie qui soufflent sur le continent tirent leur essence

Plus tôt dans le siècle, vers 430, une nouvelle race apparut à Smallworld : celle des Mimics, un peuple imitateur et cultivé, qui nous à légué, entre autres, les arts du théâtre, du mime et de la peinture.

Paradoxalement, ces êtres délicats et empreints de sagesse se complaisaient dans les mares de boue. Ils délogèrent les Cultistes du Labyrinthe avant d’étendre leur domination à la région d’Entoloma. Durant tout le siècle, ils entreprirent de bâtir une cité immense à travers les étendues boueuses du Labyrinthe. Mimétis devint rapidement la capitale culturelle et artistique du continent. En 444, les Mimics conclurent un pacte de non-agression avec les Champigneux. Ils purent ainsi commercer et échanger leurs connaissances en toute sécurité, bâtissant des villes portuaires sur les côtes d’Amanita et Entoloma. Le trafic fluvial entre les deux régions s’intensifia et se professionnalisa. Marchandises, étudiants, et même les premiers touristes tels que nous utilisons ce terme aujourd’hui, circulaient entre la Crypte et les Catacombes. Smallworld connaissait dans le même temps son âge d’or intellectuel. Les Champigneux firent des progrès spectaculaires dans les domaines de la médecine, de la physique et des mathématiques, tandis que les Mimics consolidaient les bases de l’enseignement supérieur et des sciences politiques et sociales modernes.

VIII. L’An 500 à l’An 600 : Âge d’or économique et culturel

Le sixième siècle vit la collaboration entre les Mimics et les Champigneux continuer son essor. Les Champigneux conquirent les mines nord d’Hydra laissées à l’abandon, tandis que les Mimics s’installaient dans le nord des Catacombes, dans les anciens territoires des Gnomes et des Feux Follets. Mimétis accroissait son influence, d’autant plus lorsque vers 550, une nouvelle race apparut dans le sud de la Crypte : les Liches.

Ces êtres magiques, vouant un culte aux morts, étaient une race pieuse et paisible qui vivait de la pêche. Ils s’établirent dans les mines de Coatl, puis à Malachite et Pleurote. En moins de dix ans, ils transformèrent les côtes de Malachite en un port de commerce frénétique où transitait l’intégralité du poisson consommé sur le continent. Ils fournissaient toutes les villes à l’intérieur des terres, y compris Mimétis, avec qui ils échangeaient des produits manufacturés et des biens culturels. Les Liches développèrent les premiers sous-marins et des ports subaquatique relièrent bientôt les mines d’Hydra et de Coatl. Le commerce des minerais fleurit tant et si bien, que le continent connut ses premières opérations de contrebande accompagnées de pillages des entrepôts miniers. Une police fluviale fût créée et des taxes douanières instaurées afin de réguler les échanges entre l’est et l’ouest du continent.

IX. L’An 600 à l’An 700 : L’alliance utopique des Mimics et des Champigneux

Au début du siècle, Mimics et Champigneux menèrent une expédition conjointe dans le Vortex, la zone de boue à l’extrémité nord-ouest des Catacombes. Ils furent confrontés à la dernière race de monstres de l’ancien temps, les crabes-boss, mais les Champigneux avaient retrouvé les chaussettes de l’architrollesse gnome dans un caveau secret de la mine d’Hydra. Ils s’en servirent pour mettre les crustacés géants en déroute et réclamer ce territoire qui était resté sauvage depuis six cent ans.

Un projet pharaonique vit le jour en 627. Mimics et Champigneux ambitionnaient de bâtir la nouvelle capitale économique du pays dans le Vortex. Leur décision fût entérinée après la découverte d’une forteresse des Grands Anciens, le Donjon du Danger, qui offrait des défenses imprenables à qui la coloniserait. Mimics et Champigneux n’avaient que très peu confiance dans les Liches et leur panthéon morbide. Ils redoutaient également de nouvelles invasions, qui auraient pu mettre à mal leurs royaumes respectifs.

Le Pacte de Dolomite fût signé en 639, garantissant l’équité dans l’exploitation des ressources du Vortex ainsi que dans la gestion de la future capitale. Mais cette passade idyllique ne devait pas durer. Rapidement, les différences culturelles entre les Mimics et les Champigneux montrèrent leurs failles. Les Mimics étaient une race inventive et rêveuse, tandis que les Champigneux étaient des cartésiens pragmatiques. Si les premières querelles bénignes purent être ignorées, le projet d’édification d’une cathédrale en l’honneur de Marceau, Déesse du Mimétisme, qui fut porté devant le conclave par la bourgeoisie mimic, en 643, mis le feu aux poudres. De hauts scientifiques Champigneux s’érigèrent contre ces pratiques archaïques et désuètes, s’attirant les foudres d’une population mimic dévote. La révolte mimic débuta dans les rues de la capitale en devenir. Les règlements de compte et les pugilats se multipliaient, d’abord dans les quartiers populaires, puis, touchant toutes les couches sociales. La guerre civile décima le Vortex pendant cinq ans, provoquant des milliers de morts. Finalement, Mimétis envoya un contingent armé en renfort de ses congénères et les Champigneux furent boutés hors de la région. Smallworld, après des siècles de prospérité et de paix, était devenue une terre de rancœur, xénophobe et querelleuse.

La deuxième moitié du siècle fût une période trouble, marquée par des conflits aux frontières, un obscurantisme et un racisme omniprésent, et l’arrêt brutal des échanges entre les peuples. Les industries alimentaire et militaire continuaient de prospérer, mais la sphère culturelle se désagrégea tandis que des droits sociaux, considérés comme acquis depuis des décennies, se virent contestés, puis abolis.

X. L’an 700 à l’an 800 : Hégémonie décadente des Mimics

Le septième siècle marqua l’avènement d’une ère barbare. Les Mimics mirent leur imagination au service d’arts beaucoup plus sombres que ceux qui avaient jusque-là cimentés leur civilisation. Des ersatz de jeux du cirque firent leur apparition, la torture et le sadomasochisme se propagèrent. La prostitution devint une activité commune pour la gent féminine, tandis que les sectes grégaires prenaient petit à petit le pouvoir. Vers 714, un haut dignitaire mimic, Aeromic le Cruel (684-872) revint des territoires liches avec la connaissance occulte de la nécromancie. Très vite, il rallia des disciples à sa cause et en 718, deux tiers de la population était asservi aux dogmes qu’il propageait. Il jeta aux oubliettes l’héritage des premiers colons Mimics, détruisit les théâtres, les universités et brûla les bibliothèques. Un âge funeste de bêtise et de fanatisme débutait.

Aeromic savait que les chaussettes de l’architrollesse avaient été cachées dans le Vortex par les Champigneux. Il fit saccager les sanctuaires Champigneux de l’ancienne capitale en construction, y ranima les cadavres en décomposition et leur soutira l’endroit où l’artefact avait été dissimulé. Une fois en sa possession, il s’isola dans des laboratoires secrets construits dans les Monts Brûlants. En 724, des émissaires furent envoyés vers le sud pour conquérir Dolomite et le Pic. À partir de là, ils répandirent un virus, variante de la variole créée à partir de zestes des chaussettes de l’architrollesse, dans les territoires des Champigneux. En moins d’un an, la moitié de leur population fut décimée. Les plus désespérés émigrèrent vers l’est à partir des mines d’Hydra, transportant le virus jusque dans les régions contrôlées par les Liches. Un instant, on crut que la magie noire pouvait être un remède efficace contre la maladie, mais elle ne fit que ralentir sa propagation. En trente terribles années, la race des Champigneux disparut totalement, et les Liches furent réduites à de petites colonies de peuplement démunies et affamées. Les Mimics dominaient totalement le monde de Smallworld.

Il est intéressant de signaler que les archéologues retrouvèrent des traces de la race des Cultistes datant d’entre 750 et 775 dans les régions de Gyromitra et dans les Monts Ardents. Eux qui avaient été la première race à avoir foulé le continent sont aussi ceux qui y vécurent le plus longtemps. Ils survécurent dans l’autarcie la plus totale, protégés par la magie de la callipyge dont leur littérature et poésie déborde de référence. On ignore si c’est le virus créé par les Mimics qui eût raison de leur pugnacité, ou si la réclusion couplée à une inévitable consanguinité eût finalement raison de leur arbre généalogique séculaire.

XI. L’An 800 à l’An 900 : Redistribution des pouvoirs

Le neuvième siècle fût dominé par les Mimics et leur royaume nécromant. Smallworld était devenu une terre hantée de zombies, goules, momies et autres créatures d’outre-tombe. Le glorieux passé de ce peuple autrefois si brillant avait disparu à jamais. Le cannibalisme, la nécrophilie, l’auto-mutilation et d’autres pratiques impies étaient devenues des piliers d’une race qui se vautrait dans le stupre et la perversion.

Deux facteurs entraînèrent le déclin des Mimics. D’abord, la sénilité de leur gourou Aeromic. Dès les années 860, il montra des signes de fébrilité. Ses allocutions se firent amphigouriques, ses rituels nécromantiques devinrent approximatifs. Trait de caractère commun à beaucoup de despote, il sombra dans une démence paranoïaque et en vint à croire que la moitié des habitants de Smallworld voulaient l’assassiner. Dans une ire totalement irrationnelle et paradoxale, il se lança dans des campagnes d’exterminations massives des créatures qu’il avait lui-même ramenées à la vie jadis. Ainsi pourchassés, certaines races, comme celle des Momies se rebiquèrent.

En 872, une légion innombrable de créatures en bandelettes assaillit le Donjon du Danger et mit à bas le tyran Aeromic. Le peuple des Momies venait de faire son entrée fracassante à Smallworld.

Jusqu’a la fin du siècle, les Momies conquirent Dolomite, au sud, et Amanita, à l’ouest, mettant en déroute toutes les tentatives de résistance des Mimics. Désorganisés, sans figure de proue pour les mener, ils s’écrasèrent comme château de cartes, se repliant honteusement au nord des Catacombes, ainsi que dans les mares de boue du Pic.

En parallèle, dans la région de la Crypte, l’année 888 annonça l’avènement d’une nouvelle race : celle des Ogres.

De nature timides, ils s’installèrent d’abord dans les régions abandonnées de Gyromitra, et dans le nord des Monts Ardents. On pense que leur comportement pacifique séduisit la callipyge car leur art primitif, notamment les poteries et les peintures, la représentent dès la genèse de leur civilisation. Les Ogres avaient besoin d’espace et de ressources pour alimenter leur appétit dévorant, si bien qu’ils prirent rapidement la direction de l’ouest. On ne sait pas si les Mimics avaient déjà totalement disparus lorsqu’ils pénétrèrent dans Mimétis. La grande cité n’était en tout cas plus que l’ombre de sa grandeur d’antan, mais les Ogres se plurent dans la ville en ruines et s’y installèrent. Constructeurs habiles, ils entreprirent d’en rebâtir les bâtiments principaux, si bien qu’il ne fallut que quelques années avant de revoir fonctionner les industries et fleurir de nouvelles institutions. La légende veut que les Mimics de la Crypte, abandonnés par leur gourou depuis le milieu du siècle, soient revenus à l’état préhistorique. Incultes et lâches, ils auraient tout simplement pris peur à la vue des Ogres et se seraient enfuis vers le sud, pour être emportés dans un gouffre sans fond aux abords de Nécropolis.

XII. L’An 900 à l’An 1000 : Les prémices du monde moderne

Le dixième siècle posa les bases de la civilisation telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Dans le premier quart de siècle, les momies colonisèrent le Pic, Lavimar et la Gueule. Les Liches se maintinrent dans le sud de la Crypte. Traumatisées par la trahison des Mimics, elles consacrèrent tout leur savoir sur la magie de défense. Elles tirèrent profit des champs de cristaux de la région de Malachite pour invoquer un sortilège d’invisibilité qui fit disparaître leurs semblables aux yeux des autres races. Aujourd’hui, certains randonneurs qui arpentent la partie méridionale de la Crypte, devenue parc naturel protégé, sont parcourus de frissons et ont des bouffées d’angoisse dont ils n’arrivent pas à expliquer la provenance. Certains médiums estiment qu’ils ont été en présence du peuple Liche, invisible mais bien présent sur le continent. Ces théories sont jugées fallacieuses par les plus rationnels. En effet, chaque fois que les autorités se sont rendues dans un lieu prétendument possédé pour y investiguer, les rapports des enquêteurs n’ont fait état d’aucun événement paranormal.

En 931, la race des Poulpeuses apparut directement dans le fleuve séparant l’est et l’ouest du continent.

On suppute que cette race fut une conséquence de la tentative avortée des Mimics reclus dans les mines de Dragonis de raviver l’art nécromantique qui faisait leur puissance deux cent ans plus tôt. Ils auraient mené des expérimentations sur des poulpes et des calamars, et cela aurait échappé à leur contrôle.

Les Poulpeuses voguèrent du nord au sud, et s’installèrent dans les mines d’Hydra, qui est leur capitale aujourd’hui. On a trouvé des traces de leur apparition à Amanita dès 950, ce qui n’a jamais pu être expliqué car elles n’ont jamais colonisé les régions reliant Hydra à Amanita. Des historiens fumistes insistent sur la théorie de l’utilisation du paillasson volant, mais comme huit cent ans plus tôt avec les Feux Follets, ces allégations ne sont fondées sur aucun raisonnement scientifique solide

Les Ogres, toujours à la recherche de plus de nourriture, colonisèrent quant à eux la région ouest d’Amanita, y chassant les tribus momies qui y vivaient en nomade.

*

Ainsi s’acheva l’histoire moderne de Smallworld, où les Momies, les Ogres et les Poulpeuses vivent aujourd’hui en paix, fiers de leurs origines et de l’héritage légué par toutes les races qui en bâtirent les fondations : les mystérieux Cultistes, les Gnomes, et leur technologie encore à ce jour inégalée, les Feux Follets, et leur maîtrise de l’énergie magique des cristaux, les Champigneux, et leurs avancées sur la science, les Mimics, et leur héritage culturel et social, les Liches, qui alimentent encore tant de légendes.

Smallworld est un monde de magie et de mystères. Il y fait bon vivre, tout simplement.

Publié par The Lonesome Meeple

Féru de jeux de société et d'écriture, j'ai décidé de mixer ces deux passions en vous partageant des nouvelles ou de courts récits mettant en scène des parties de jeux de société.

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